LA REVUE DEMOS

Pourquoi la Chine développe-t-elle son réseau de câbles sous-marins ?

En 2025, 90 % des liaisons internet mondiales passent par 1,3 million de kilomètres de câbles sous-marins. Ce réseau, surnommé « autoroute de l’information », permet aux signaux de circuler de nos appareils vers les centres de données. Leurs propriétaires, exclusivement des entreprises privées, peuvent contrôler l’information qui y transite ainsi que ses destinataires, donnant une importance géopolitique majeure aux câbles sous-marins.

Cependant, derrière ces entreprises, ce sont les États qui s’affrontent pour accroître et conserver leur souveraineté numérique. On assiste à une véritable guerre de l’information au niveau interétatique entre tous les pays du monde, notamment entre la Chine et les États-Unis. Bien que les réseaux soient dominés par les GAFA, qui détiennent les trois quarts des infrastructures et contrôlent donc la majorité de la diffusion de l’information, la puissance asiatique entend répliquer. La Chine affiche une volonté affirmée de regagner du poids dans la diffusion de l’information en développant son propre réseau et en l’exploitant avec ses grandes entreprises, les BATX (Baidu, Alibaba, Tencent et Xiaomi). L’heure est pour elle à l’investissement pour la mise en place de câbles entièrement gérés par des entreprises nationales. Au-delà du pouvoir politique, ces infrastructures incarnent un enjeu économique et stratégique majeur, conditionnant l’accès à l’innovation, aux données et aux marchés mondiaux.

Les câbles offrent de nombreuses opportunités économiques et politiques à la Chine. Elle entend devenir un acteur majeur des réseaux de câbles, avec l’objectif de dominer 60 % du marché mondial, ce qui lui permettrait de se positionner comme une superpuissance technologique dans le cadre de son objectif « Made in China 2025 ». Les opportunités économiques offertes par le réseau s’accordent avec son initiative des Nouvelles Routes de la Soie, notamment son volet numérique, qui ouvre une course à la technologie visant à définir de nouveaux standards dans ce domaine. À travers cette initiative, la Chine cherche à mettre ses infrastructures au service des économies émergentes d’Afrique et du Moyen-Orient, notamment avec le câble PEACE lancé en 2018, qui remonte jusqu’en Europe. L’objectif est d’asseoir son influence dans ces espaces stratégiques face à la puissance américaine, permettant à Pékin d’accroître son prestige international ainsi que ses capacités politiques et économiques. Cela lui offrirait la possibilité de se positionner comme leader mondial dans la fourniture de ces infrastructures, de les recentrer vers elle-même et d’accéder à des données étrangères. Son objectif stratégique est de réduire sa dépendance aux entreprises occidentales pour garantir sa souveraineté technologique, notamment en contrôlant l’expansion américaine en mer de Chine méridionale, où elle souhaite rester dominante, affirmant ainsi sa volonté d’influencer durablement l’ordre numérique mondial.

La Chine développe son réseau pour pouvoir se positionner sur la scène internationale sans voir son indépendance numérique menacée par des puissances occidentales. Le propriétaire des câbles peut contrôler l’information qui y transite, la surveiller ou la censurer. Les Britanniques ont eux-mêmes reconnu, en 2015, surveiller leurs câbles. Selon Alizée Colin, la Chine veut non seulement contrôler l’information qui transite, mais aussi celle qui entre dans le pays, afin de renforcer sa dictature numérique grâce à un internet filtré par l’État. La dépendance accrue de nos sociétés à ces réseaux fait de ceux-ci un enjeu géopolitique majeur, ce que la Chine a bien compris. Les câbles peuvent être l’objet d’attaques visant à les sectionner, sans que cela ne soit clairement illégal en raison de l’absence de législation réellement contraignante, ou devenir un moyen de pression en période de crise ou de guerre pour déstabiliser l’adversaire. Ces scénarios ont déjà eu lieu et se multiplient, notamment en mer Baltique à cause du conflit actuel entre la Russie et l’Ukraine, avec des effets non négligeables.

En novembre 2024, la coupure du câble C-Lion1 entre la Finlande et l’Allemagne avait ainsi suscité de fortes inquiétudes, Berlin et Helsinki évoquant la possibilité d’un sabotage. L’incident avait entraîné des perturbations dans les communications régionales pendant près d’une semaine et coûté plusieurs millions d’euros en pertes économiques et en opérations de réparation. Il avait également ravivé les soupçons à l’égard de la Russie, déjà accusée de multiplier les actions de déstabilisation en Europe. Consciente des enjeux, la Chine, refusant de se trouver à la merci de volontés ennemies cherchant à la fragiliser, surveille de très près ses réseaux et s’est dotée en 2025 de robots capables de sectionner des câbles. Selon le *South China Morning Post*, ceux-ci pourraient « déstabiliser le réseau mondial de télécommunication ». Avec ces robots capables d’opérer jusqu’à 4 000 mètres de profondeur et dont le taux de réussite atteindrait 100 %, le journal note qu’il s’agit « de la première fois qu’un pays révèle officiellement disposer d’un tel outil capable de porter atteinte aux réseaux sous-marins », ce qui inquiète la communauté internationale.

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