LA REVUE DEMOS

Calédonie, France et puissance mondiale : comment la Calédonie-Kanaky est-elle en proie aux prédations internationales ?

Située à plus de 17 000 km de l’Hexagone, la Nouvelle-Calédonie-Kanaky (N.C.K.) a suscité un vif intérêt médiatique à la suite des émeutes de 2024. Nichée à l’est de l’Australie, la Nouvelle-Calédonie-Kanaky constitue un archipel stratégique pour la puissance économique, diplomatique et militaire française dans la région.

Cette importance stratégique s’explique par plusieurs facteurs. D’abord, des facteurs économiques : le territoire est particulièrement riche en nickel, un métal essentiel à de nombreuses industries, notamment dans le secteur de la défense. La N.C.K. possède ainsi la cinquième réserve mondiale de nickel et figure parmi les trois principaux producteurs mondiaux. La N.C.K. confère aussi à la France une place diplomatique dans une région particulièrement stratégique : l’Indopacifique. Depuis les années 2000, cet espace est le théâtre des rivalités sino-américaines et sino-indiennes, des ambitions territoriales chinoises (notamment autour de Taïwan) ou encore d’un changement climatique intense.

Majoritairement maritime, la région constitue le centre névralgique du commerce mondial et pourrait représenter plus de 50 % du PIB mondial via le commerce maritime d’ici 2040. La N.C.K. permet à la France de maintenir une présence militaire dans la région. On compte 3 000 militaires, dont 1 660 unités terrestres et quatre bâtiments marins. En 2019, Emmanuel Macron a mis en place la mission Marianne avec le déploiement, en N.C.K., du sous-marin L’Émeraude. C’est pour l’ensemble de ces raisons que la N.C.K. représente un enjeu stratégique dans les relations internationales françaises, notamment dans la politique indopacifique. En 2018, Emmanuel Macron a réaffirmé les orientations diplomatiques françaises dans la région, fondées sur quatre piliers : sécurité et défense ; économie et connectivité ; multilatéralisme et État de droit ; changement climatique, biodiversité et gestion durable des océans.

Mais loin de n’être qu’un paradis stratégique pour l’Hexagone, la Nouvelle-Calédonie-Kanaky est en proie à de très fortes contestations à l’égard du gouvernement. Des mouvements anticoloniaux et indépendantistes y sont revendiqués. En 2024, à la suite de différentes tentatives de l’exécutif visant à élargir le corps électoral calédonien, une série d’émeutes a eu lieu, faisant 14 morts, principalement parmi les indépendantistes, et causant plus de 2 milliards d’euros de dégâts. Perçu par les indépendantistes comme une tentative de réduire leur influence politique, l’élargissement du corps électoral demeure un sujet sensible. Le 18 mai dernier, le Sénat a approuvé un projet de réforme visant à étendre le corps électoral en vue des élections provinciales prévues en juin. Le texte devrait être examiné par l’Assemblée nationale le vendredi 22 mai afin d’être éventuellement adopté définitivement.

Cette situation instable dans l’archipel n’est pas sans conséquence, car elle est perçue comme une occasion de déstabilisation par des puissances étrangères. La principale est la Chine, qui voit, d’une part, d’un mauvais œil la présence française dans ce qu’elle considère comme sa zone d’influence, mais qui convoite les stocks de nickel nécessaires à la modernisation de son armée. Dans cette optique, elle a mené des politiques de prédation et de déstabilisation en N.C.K., notamment en 2024 pendant la période des émeutes. Pour ce faire, elle peut compter sur la composition administrative spécifique de l’archipel français, issue des accords de Nouméa, qui lui permet de mener un certain nombre de politiques diplomatiques de manière autonome. Elle peut s’appuyer sur une diaspora locale (représentant environ 1 500 personnes), au sein de laquelle la Chine peut exercer son influence en faveur du discours indépendantiste. La Chine soutient des organisations civiles impulsées par la diaspora, comme l’ACNC (Amicale chinoise de Nouvelle-Calédonie). Ces associations citoyennes, certes modestes, constituent toutefois une plateforme de dialogue entre la Chine et les mouvements indépendantistes kanaks.

Ces tentatives d’ingérence dans les relations entre les indépendantistes et l’Hexagone ne se limitent pas à la Chine, bien qu’elle demeure la principale puissance à intervenir. La Russie a ouvertement soutenu les mouvements indépendantistes lors des émeutes de 2024. Dans le même sens, l’Azerbaïdjan, hostile à la France en raison de son soutien à l’Arménie, a entamé un rapprochement politique avec les mouvements indépendantistes. Dès 2019, Bakou avait affiché son soutien, mais celui-ci s’est accéléré avec les émeutes, notamment par la signature d’un mémorandum visant à établir des relations bilatérales.

En parallèle, l’Azerbaïdjan a mené des campagnes de propagande numérique en Nouvelle-Calédonie-Kanaky via le Groupe d’Initiative de Bakou. Face à ces menaces, le gouvernement a tenté de durcir le ton, à la fois par sa présence dans la région et par l’affirmation de sa souveraineté sur le territoire kanak. La venue d’Emmanuel Macron en 2023 en N.C.K., mais aussi au Vanuatu, en Chine et en Inde, en témoigne. Dans le même sens, Sébastien Lecornu, alors ministre des Armées, a tenu, lors d’une conférence à Singapour en 2024, des propos très fermes contre les tentatives d’ingérence, dénonçant des « manipulations claires » de la part de puissances étrangères.

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