Le jeu vidéo Cyberpunk 2077, sorti en 2020 et produit par CD Projekt Red, est un jeu d’action et d’aventure où le joueur incarne un personnage dans une ville futuriste nommée Night City. Cette ville met en scène une société dystopique où l’excès de capitalisme a donné un pouvoir démesuré aux grandes entreprises, au point qu’elles deviennent des piliers majeurs des États. La valeur de ce néo-capitalisme brutal ne se définit que par la consommation et la production de richesses, retirant ainsi à l’humain sa valeur propre et son identité en tant qu’individu.
Ce contrôle s’exerce notamment à travers les « danses sensorielles ». Vécues au moyen de casques de réalité virtuelle, ces expériences sont vendues par les corporations pour permettre à la classe populaire de Night City de vivre l’illusion d’une vie épanouie et heureuse. Elles leur permettent, par exemple, de vivre dans la peau d’une star de la musique lors d’un concert. Cet aperçu d’une vie de plaisirs dissuade par ailleurs les citoyens de se rebeller contre les corporations.
De la même façon, pour devenir une légende dans cette ville, ou simplement construire une carrière et s’accomplir socialement, il faut posséder des « implants », conçus et produits par les grandes corporations. Plus la qualité d’un implant est élevée, plus les capacités physiques, techniques et psychologiques d’une personne sont améliorées. La dynamique de ce marché est ainsi entretenue par la mentalité selon laquelle, pour réussir dans cette société, il faut des implants.
C’est dans cet univers dystopique que le personnage contrôlé par le joueur, dénommé V, évolue. Sa quête principale est rythmée par son ambition sociale, qui le pousse à gravir les échelons afin de jouir d’une reconnaissance et de vivre des expériences extraordinaires. La tragique réalité de cet univers rattrape néanmoins V lorsque la quête de gloire se transforme en une course contre la montre, dont le but est de laisser une trace dans l’histoire de la ville avant sa mort.
La ville elle-même renforce cette logique d’ambition sociale. Les appartements luxueux sont placés dans les hauteurs des gratte-ciel, visibles au quotidien par tous les citoyens, alimentant en permanence cette envie de grimper l’échelle sociale. Ces sommets sont en réalité inaccessibles, du fait de la volonté des élites de garder la mainmise sur le pouvoir. Ils existent uniquement pour attiser la soif de réussite sociale par le développement du pouvoir d’achat.
L’omniprésence des publicités dans l’espace public, concernant toutes sortes de produits et services, y compris à caractère sexuel, rappelle constamment aux citoyens que tout est question d’achat et de vente, et que la valeur d’un individu à Night City se résume exclusivement à son pouvoir d’achat. Comme tout ce qui a de la valeur se réduit à l’argent et au pouvoir qu’il confère, même les services primaires, tels que la santé, l’entretien des espaces publics, la justice et le maintien de l’ordre, appartiennent aux grandes corporations et sont facturés. Cette marchandisation universelle détruit le concept même d’éthique corporelle et les valeurs morales du respect de la dignité humaine.
La vie humaine et l’esprit deviennent des marchandises à travers la « Relique technologique d’Arasaka, le Tueur d’Âmes ». Cette technologie transforme l’esprit humain en données informatiques, permettant ainsi à la conscience humaine d’évoluer et d’exister indéfiniment dans le réseau informatique. Ce moyen est mis à disposition de l’une des corporations les plus puissantes et est donc réservé exclusivement à une élite économique et sociale, alors même qu’il constitue une avancée majeure dans l’évolution de l’histoire humaine.
Le paradoxe fondamental de Cyberpunk 2077 est le rêve du personnage joué : devenir une légende et être reconnu socialement à travers l’argent, alors que toutes les légendes de la ville sont condamnées à mourir dans l’oubli. Cela met en lumière l’incohérence d’une société qui pousse ses citoyens à se développer économiquement et socialement, mais où chaque personne cherchant à se hisser finit par mourir, ne laissant pour seule trace qu’un nom sur une carte d’un bar de la ville. « Pour être une légende, il faut avoir une mort incroyable » est une phrase prononcée au cours de l’aventure du joueur, posant alors les bases du contexte de l’univers de Night City. La trajectoire du jeu illustre d’ailleurs parfaitement la fatalité du contrôle absolu des grandes corporations : peu importe les choix effectués au cours de l’aventure par le joueur, le système des grandes corporations persiste et maintient son pouvoir sur le monde de Cyberpunk 2077.
