À cet égard, face aux répercussions d’une guerre menée par leur protecteur américain et aux doutes croissants sur la fiabilité de son parapluie militaire, les pétromonarchies du Golfe tentent de chercher dans l’intégration régionale une réponse à leur vulnérabilité. En effet, le Conseil de coopération du Golfe, créé en 1981, semble retrouver une nouvelle vigueur stratégique. Le 7 septembre 2026, des représentants militaires des États membres se sont réunis à Riyad pour la 38ᵉ réunion de son groupe de travail. À l’ordre du jour : le renforcement de leur coopération en matière d’alerte précoce contre les missiles balistiques. Par cette démarche structurelle, les pays du Golfe envisagent la genèse d’un possible « dôme de fer » en unifiant leurs réseaux de détection. Bien plus encore, le point cardinal de cette possible refondation stratégique réside dans la reviviscence doctrinale de la « New Vision for Regional Security ». Présentée en 2024, dans le sillage des divisions internes ayant longtemps fragilisé le CCG, cette doctrine entend réaffirmer le caractère indivisible de la sécurité des États membres et, par extension, renforcer leur capacité à répondre collectivement aux menaces. En l’espèce, sa réactivation par le secrétariat du CCG laisse entrevoir une volonté de consolider les capacités collectives du Golfe.
Au-delà du renforcement de la coopération entre les membres du CCG, l’initiative diplomatique omanaise semble élargir la réflexion à l’ensemble des États riverains du Golfe. En juillet 2026, le ministre des Affaires étrangères, Sayyid Badr Albusaidi, a appelé les six monarchies du CCG, l’Iran et l’Irak à participer à l’élaboration d’un nouvel arrangement de sécurité régional. En l’espèce, cette proposition marque une inflexion séminale. De fait, depuis la révolution iranienne de 1979 et la guerre Iran-Irak, la sécurité du Golfe s’est longtemps construite autour de la protection des monarchies arabes face aux ambitions régionales et aux capacités militaires de Téhéran. Dès lors, cette architecture sécuritaire pourrait désormais s’inscrire dans un cadre de dialogue incluant l’Iran lui-même. À cet égard, une réunion réunissant l’Iran, l’Irak, Oman, l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, le Qatar et le Koweït devait se tenir à Salalah le 14 septembre afin d’examiner de nouveaux arrangements de navigation dans le détroit d’Ormuz. Toutefois, cette rencontre a finalement été reportée, faute de conditions propices à l’obtention d’un consensus. Ce report met au jour à la fois l’intérêt d’une gestion plus concertée des crises et la difficulté de transformer cette ambition diplomatique en accord entre des États encore profondément divisés. Historiquement, la libre circulation dans le détroit d’Ormuz, par lequel transite 20 % du pétrole mondial, était garantie par la Ve Flotte américaine.
D’autre part, le pacte de La Mecque, signé en août 2026 entre l’Arabie saoudite, la Turquie et le Pakistan et fondé sur le principe qu’une attaque contre l’un de ses membres constitue une attaque contre tous, fait office de véritable pôle de refondation d’une possible alliance institutionnelle de sécurité intrarégionale qui agirait comme un contrepoids à l’hégémonie américaine. En effet, en introduisant les deux puissances militaires cardinales que sont le Pakistan et la Turquie, l’Arabie saoudite cherche à densifier davantage l’équation sécuritaire du Golfe par une stratégie de hedging, ou de couverture, consistant à diversifier ses partenariats afin de réduire sa dépendance à l’égard d’un seul protecteur. Autrement dit, cette stratégie favoriserait le recours à plusieurs puissances comme contrepoids afin de ne plus dépendre du Congrès américain, davantage enclin à retirer ses troupes qu’à défendre le Golfe. Fait récent, la reprise de l’offensive des Houthis, marquée par de nouvelles attaques contre les forces yéménites soutenues par Riyad ainsi que par des frappes visant le territoire saoudien, aurait entraîné l’activation de ce partenariat sécuritaire, certes encore balbutiant. À cet égard, la Turquie s’est déclarée disposée à répondre à d’éventuels besoins techniques saoudiens.
Ainsi, l’affaiblissement perçu du parapluie américain, entendu comme l’ensemble des garanties militaires et sécuritaires offertes par Washington aux monarchies du Golfe, semble ouvrir un espace à la réaffirmation des États du Golfe dans la gestion de leur propre sécurité. La coopération poursuivie au sein du CCG et les initiatives stratégiques et diplomatiques abordées témoignent d’une volonté de ne plus dépendre exclusivement des décisions de Washington. Toutefois, ces initiatives demeurent distinctes, tant par les acteurs qu’elles rassemblent que par leurs objectifs et leur degré de réalisation. Autrement dit, elles esquissent les balbutiements d’une architecture régionale plutôt qu’un nouveau dôme sécuritaire déjà constitué. Il est évident que la portée de cette recomposition stratégique dépendra, à l’avenir, de la capacité des États concernés à transformer leurs engagements en mécanismes de coopération structurants.