Ces derniers sont exportateurs nets de fruits, légumes, huile, thé ou sucre, mais ont des besoins d’importations en produits animaux, transformés et surtout céréaliers, les rendant très fragiles face aux variations et aux crises des marchés mondiaux. Les conflits, les migrations ou le manque d’infrastructures pèsent également lourd sur cet enjeu.
Le dérèglement climatique affecte profondément l’agriculture. Selon un rapport de la FAO, le continent africain aurait enregistré, ces 30 dernières années, plus de 600 milliards de dollars de pertes agricoles, l’Afrique de l’Ouest étant la zone la plus touchée en valeur relative, suivie de l’Afrique australe et de l’Asie de l’Est.
Les États cherchent alors à renforcer leur résilience en développant l’agroécologie, adaptant l’agriculture au fonctionnement des écosystèmes, ce qui implique une restauration des sols, une meilleure gestion de l’eau ou le recours à des variétés adaptées aux conditions locales. Économiquement, la diversification des cultures permet une résilience améliorée face à la forte volatilité des marchés agricoles. Diminuer l’usage des méthodes industrielles améliore la santé des terres et donc la rentabilité à long terme, et réduit la dépendance aux intrants de synthèse coûteux, le plus souvent achetés à des multinationales.
La FAO considère les exploitations de moins de 2 hectares comme essentielles dans la sécurité alimentaire des pays à bas revenu, en produisant près de 60 % de leur alimentation. Cette filière locale manque cependant encore d’investissement pour réaliser une véritable transition. La coopération internationale est jugée inefficace quand, selon la Banque mondiale, il faudrait 2 400 milliards de dollars par an jusqu’en 2030 pour réaliser les objectifs fixés par les objectifs de développement durable (ODD) dans les pays en développement. Les pays du Sud ont, en 2023, reçu 327 milliards de dollars pour financer leur transition, tout en ayant versé 971 milliards de dollars pour rembourser leurs dettes aux pays du Nord, qui sont responsables de 80 % des émissions cette année-là.
L’augmentation des accords commerciaux régionaux Sud-Sud et Sud-Nord témoigne d’un certain recul du multilatéralisme et des politiques de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Ayant presque quintuplé en 30 ans, ils permettent de diversifier les partenaires pour des pays de plus en plus acteurs dans le commerce mondial, du fait, entre autres, de leur croissance démographique et économique, réduisant par exemple les coûts de transport. Ces mêmes pays, souvent exportateurs de matières premières, sont sujets à des droits de douane généralement moins élevés que sur les produits transformés des mêmes catégories appliqués par les pays du Nord global, montrant, pour les pays du Sud, un besoin de peser dans les négociations d’accès de leurs produits aux marchés internationaux.
Mais cette multiplication des accords crée aussi un effet de « spaghetti bowl » : la superposition des règles et des juridictions complexifie les échanges, pouvant contribuer à les ralentir. Par exemple, en Amérique latine et aux Caraïbes (ALC), où existent le Marché commun du Sud (MERCOSUR), la Communauté caribéenne (CARICOM), le Marché commun d’Amérique centrale (MCAC) et la Communauté andine (CAN). Ceux-ci ont contribué à réduire les barrières douanières et à une meilleure coopération sanitaire. Le réseau de production régional reste relativement peu développé, tandis que l’accord UE-Mercosur montre une volonté politique priorisant un modèle d’agriculture intensive à visée exportatrice, délaissant la petite agriculture côté européen comme sud-américain.
La recherche de souveraineté alimentaire se heurte entre autres au land grabbing, que des chercheurs comme Gérard Chouquer assimilent à une nouvelle forme de néocolonialisme agricole. Ces transferts opaques de foncier visent principalement des pays à faible ou moyen revenu au profit d’investisseurs étrangers et des marchés internationaux. En 2009, l’affaire Madagascar-Daewoo est révélée, alors que des négociations entre le gouvernement malgache et l’entreprise sud-coréenne de logistique visaient à concéder pour 99 ans la moitié des surfaces arables du pays pour y produire principalement du maïs et de l’huile de palme à visée exportatrice, causant son annulation après de fortes contestations.
Comme le souligne Olivier de Schutter, la transition agricole pour les pays en développement s’impose comme une question vitale à l’heure du changement climatique, où la quantité n’est plus la métrique absolue. Se posent alors les questions de ce qui est produit, pour quels marchés, avec quelles ressources et au profit de quelles populations.