Pour la Chine, ce territoire insulaire revêt une importance stratégique dans sa volonté d’expansion territoriale. L’île est à seulement 150 km des îles Senkaku, administrées par le Japon, mais revendiquées par la Chine pour leur emplacement. En effet, elle appartient à une chaîne d’îles considérée comme la barrière essentielle empêchant la puissance chinoise de se projeter librement dans le Pacifique. Contrôler ou neutraliser ce verrou permettrait à la puissance chinoise d’élargir son champ d’action. Les détroits qui l’entourent sont parmi les rares à permettre aux sous-marins nucléaires chinois de relier la mer de Chine à la fosse océanique des Ryukyu, leur permettant d’opérer loin des radars côtiers. D’un point de vue plus global, la mainmise sur l’île correspondrait à la volonté expansionniste affichée par la Chine afin d’étendre son influence régionale et internationale. La mission historique avancée par l’ancien président chinois Hu Jintao d’assurer la protection des mers lointaines témoigne ainsi de cette volonté de développer les capacités de projection de la puissance chinoise sur les grandes voies maritimes mondiales.
Selon la théorie d’Andrew Orchard, la Chine avancerait par empiétements successifs et progressifs pour normaliser sa présence autour des îles japonaises, selon la technique du « grignotage par le ver à soie ». Cette stratégie consisterait à réaliser de petites provocations, dont aucune ne constituerait individuellement une justification de guerre, mais qui profiteraient plus largement à la progression de la Chine. Ainsi, le canal de l’île, autrefois jamais fréquenté par la marine chinoise, attribuait en 2024 26 % de ses passages maritimes à celle-ci. Cette présence croissante de navires de combat s’inscrit dans une stratégie de normalisation progressive. On peut observer des porte-avions, des aéronefs et des drones circulant de plus en plus fréquemment dans le détroit entre Yonaguni et Taïwan. En effet, en septembre 2024, le porte-avions chinois Liaoning et son groupe naval ont traversé pour la première fois les eaux japonaises à proximité de Yonaguni en direction du Pacifique. La présence agressive de la Chine s’est aussi fait ressentir par des tirs, notamment en 2022, avec des missiles balistiques envoyés autour de Taïwan, dont l’un a atterri près de Yonaguni. La Chine a déjà réalisé des exercices de tir à munitions réelles autour de Taïwan en 2025, avec des manœuvres spécifiquement programmées près de Yonaguni pour démontrer sa puissance. De plus, en 2024, le quotidien hongkongais Sing Tao Daily, proche de Pékin, a évoqué la possibilité de jouer la « carte des Ryukyu », c’est-à-dire de remettre en cause l’appartenance au Japon.
Face à cette volonté expansionniste affichée par la Chine, le Japon militarise graduellement l’archipel. L’île a été la première à accueillir une base des Forces japonaises d’autodéfense dès 2016. Depuis, trois autres bases ont été construites, dont la dernière à Ishigaki en 2023, la plus importante du dispositif. Cette présence s’accompagne de celle des États-Unis, avec des exercices conjoints de déploiement rapide de capacités antinavires pour montrer le soutien de la puissance américaine. En effet, les deux nations ont tissé des liens politiques et stratégiques face à la menace chinoise, symbolisée par l’installation d’un radar par la puissance américaine sur l’île. Pour le Japon, la menace est bien réelle et un plan de déploiement de missiles antiaériens a été annoncé pour dissuader toute attaque armée contre l’île. Cet effort s’accompagne d’une hausse budgétaire visant à porter les dépenses militaires à 2 % du PIB en 2026, notamment liée à l’évolution du rôle de la Chine dans la région. Cependant, cette forte présence militaire entraîne des contestations chez les habitants de l’île, qui la dénoncent comme une « incitation à la guerre » et réclament une diplomatie de la paix.