Avec plus de 17 millions de kilomètres carrés, la Russie est le plus vaste pays du monde et possède des régions extrêmement variées sur les plans culturel et géographique. Les conditions climatiques peuvent donc varier en fonction de la localisation. Pour les habitants en Yakoutie, le froid représente bien plus qu’une contrainte quotidienne : il implique des dépenses supplémentaires pour se chauffer, se vêtir, se nourrir, se déplacer et entretenir les infrastructures.
Les habitants ont donc appris à vivre avec ce froid extrême durant une grande partie de l’année. À l’intérieur des habitations, certains radiateurs, poussés au maximum, peuvent brûler la peau au toucher. Le chauffage représente une dépense importante, mais surtout indispensable. Une panne du système peut rapidement devenir dangereuse et nécessiter l’évacuation en urgence de la population.
Les logements et les infrastructures doivent eux aussi être adaptés. Dans certains immeubles, les entrées sont équipées de plusieurs portes successives afin de limiter les entrées d’air froid. Le système peut compter jusqu’à cinq portes entre l’extérieur et les espaces chauffés, là où une entrée classique en France n’en comporte généralement qu’une ou deux. A cause du pergélisol, un type de sol dont la température se maintient à 0 degrés ou en dessous de manière continue, les tuyaux de la ville ne sont pas non pas installés profondément dans le sol, mais sont placés à l’extérieur et protégés par des isolants afin d’éviter qu’ils ne gèlent.
Pour faire face à ces conditions extrêmes, les habitants doivent également investir dans des vêtements adaptés. L’habillement hivernal compte parmi les principales dépenses liées au froid et certains vêtements font partie des biens les plus chers qu’ils possèdent : pour les chaussures, les habitants optent généralement pour des bottes en fourrure de renne, conçues pour résister au froid. Le prix de certaines peut atteindre 900 dollars. Les habitants complètent cette tenue avec une parka, pouvant coûter jusqu’à 800 dollars, ainsi que des moufles. L’ensemble peut peser jusqu’à 10 kilos, mais cet équipement représente une dépense obligatoire pour pouvoir sortir lorsque les températures deviennent extrêmes.
À l’extérieur, les cils et les sourcils peuvent geler en quelques minutes. Pour protéger la tête et le visage, les chapeaux en fourrure permettent notamment d’éviter que les oreilles ne gèlent. Le froid peut atteindre les nerfs du visage et provoquer une paralysie temporaire. Respirer un air aussi froid sollicite également fortement l’organisme. Les autorités recommandent notamment de réduire les sorties par grand froid et de rentrer dans un bâtiment chaud dès les premiers signes de gelure.
La nourriture entre aussi en jeu. Yakoutsk compte de nombreuses cantines et restaurants, comme Chochur Muran ou encore Tyguyn Darkhan, où il est possible de manger pour peu cher. Très populaires, ils proposent des repas copieux, chauds et riches en protéines. Dans de telles conditions climatiques, les besoins énergétiques de l’organisme augmentent afin de maintenir sa température corporelle.
Mais certains produits restent particulièrement coûteux, notamment les fruits et légumes. En septembre 2026, les tomates, concombres et légumes frais se vendaient par exemple entre 400 et 1200 roubles, soit 4 et 12 euros le kilo sur un marché de Yakoutsk, tandis que le prix moyen en Russie occidentale oscillait entre 1 et 3 euros. Ils doivent être transportés sur plusieurs milliers de kilomètres avant d’arriver, ce qui fait rapidement monter les prix.
La voiture représente elle aussi une dépense importante. Pour éviter que le moteur ne gèle, les habitants doivent le faire chauffer à l’avance avant de prendre la route. Lorsque le véhicule est à l’arrêt, il doit être recouvert d’une épaisse couverture isolante. Il est également important de toujours avoir certains outils avec soi, comme un gonfleur, car avec de telles températures, les pneus perdent rapidement de leur pression.
Malgré ces conditions extrêmes, cinémas, théâtres, cafés, restaurants ou encore bars restent ouverts et continuent d’animer quotidiennement la ville. Les écoles, elles, ne ferment que lorsque la température descend à -50 degrés.
En Yakoutie, le froid ne rythme donc pas seulement la vie quotidienne : il pèse directement sur le budget des habitants, qui doivent consacrer une partie importante de leurs dépenses à se chauffer, se protéger et maintenir leurs équipements en état de fonctionner.