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Accord UE-Mercosur : l’agriculture européenne sacrifiée aux profits de l’industrie

Accord UE-Mercosur : opportunité économique ou menace pour l’agriculture européenne ?​
Depuis plus de deux décennies, l’Union européenne (UE) et le Mercosur négocient un accord de libre-échange visant à renforcer les liens économiques et politiques entre les deux blocs. Cependant, cet accord suscite une vive opposition parmi les agriculteurs européens, inquiets des conséquences potentielles sur leur secteur.

Engagées depuis 1999, les négociations entre l’UE et le Mercosur ont pour but de créer un partenariat économique et politique solide. Un accord commercial a été signé en 2019, mais les deux blocs travaillent actuellement sur un protocole additionnel afin d’intégrer des engagements plus forts en faveur du développement durable, en particulier pour lutter contre la déforestation et s’aligner sur les objectifs de l’Accord de Paris. Le volet agricole de cet accord est à l’origine de la colère des agriculteurs qui manifestent leur désaccord, pour concurrence déloyale sur des ronds points baptisés “ronds points de l’Europe”. Pourquoi une telle animosité envers cet accord ?​

Malgré deux décennies de négociations, l’accord de libre-échange avec ces pays d’Amérique du Sud est remis en cause par les agriculteurs européens inquiets de la concurrence des éleveurs sud-américains. L’accord n’entrera pas tout de suite en vigueur, il faudra attendre la finalisation juridique et sa traduction, après lesquelles il devra être ratifié au Parlement. Ce dernier adopte une position ambiguë sur ce traité de libre-échange visant à développer un marché de plus de 700 millions de consommateurs, qui reflète les complexités de ce texte. L’accord UE-Mercosur permet la suppression de 91% des droits de douane imposés par les pays d’Amérique latine sur les produits européens, qui seront éliminés à terme. 

Dates importantesChiffres clés
1999 : Début des négociations entre l’UE et le Mercosur pour un accord de libre-échange.700 millions : Nombre de consommateurs concernés par l’accord, englobant les populations de l’UE et du Mercosur.
2019 : Signature initiale de l’accord commercial entre les deux blocs.91% : Pourcentage des droits de douane que le Mercosur supprimera sur les produits européens à terme.
6 décembre 2024 : Conclusion des négociations sur un protocole additionnel axé sur le développement durable.92% : Pourcentage des droits de douane que l’UE éliminera sur les produits sud-américains importés.
18 novembre 2024 : Manifestations des agriculteurs français contre l’accord, dénonçant une concurrence déloyale.5,56 milliards d’euros : Montant potentiel du chiffre d’affaires supplémentaire pour les exportations françaises vers le Mercosur.
12 novembre 2024 : Plus de 600 parlementaires français adressent une lettre à Ursula von der Leyen exprimant leur opposition à l’accord.99 000 tonnes : Quota annuel de viande bovine que le Mercosur pourra exporter vers l’UE à des tarifs préférentiels.
13 novembre 2024 : Discussions au Parlement européen sur les « clauses miroirs » pour assurer une concurrence équitable.180 000 tonnes : Quota annuel de volaille que le Mercosur pourra exporter vers l’UE à des tarifs préférentiels.
27 novembre 2024 : Débat public sur les implications environnementales de l’accord, notamment la déforestation.190 000 tonnes : Quota annuel de sucre que le Mercosur pourra exporter vers l’UE à des tarifs préférentiels.
10 décembre 2024 : Manifestations en Espagne contre l’accord, avec des agriculteurs dénonçant une concurrence déloyale.650 000 tonnes : Quota annuel d’éthanol que le Mercosur pourra exporter vers l’UE à des tarifs préférentiels.
7 décembre 2024 : Organisations agricoles valenciennes expriment leur mécontentement face à l’accord.1 000 000 tonnes : Quota annuel de maïs que le Mercosur pourra exporter vers l’UE à des tarifs préférentiels.
19 janvier 2025 : Publication d’analyses sur les opportunités et défis de l’accord pour l’agriculture européenne.4 milliards d’euros : Économies potentielles annuelles pour les entreprises de l’UE en droits de douane grâce à l’accord.

92% des droits de douane appliqués par l’Union européenne sur les produits sud-américains qui arrivent dans l’Union seront également supprimés. Cette libéralisation des marchés pourrait générer 5,56 milliards d’euros de chiffre d’affaires grâce aux exportations de biens français vers le Mercosur, incluant les secteurs des machines et équipements électriques, du matériel, du transport et des produits chimiques et pharmaceutiques. Ceci s’accompagne d’une large ouverture au marché européen, protégeant certains produits, au très compétitif marché agricole du Mercosur. 

Le Mercosur est reconnu pour sa production agricole abondante et compétitive, notamment dans les secteurs de la viande bovine, du soja et du sucre.“L’agriculture n’est pas une monnaie d’échange pour quelques voitures” affirme un agriculteur en colère. Viande contre voiture, un pari perdant pour la France ? Au prisme de l’argument ricardien de la spécialisation des biens importés, observons les pour et les contres de cet accord accusé d’affaiblir un secteur agricole en peine.​ Cette spécialisation crée une complémentarité économique intéressante : l’Europe pourrait s’approvisionner en produits agricoles à des coûts potentiellement plus bas, tandis que les pays du Mercosur pourraient accéder à un marché

Entre concurrence et manque protections

Si les défenseurs de l’accord UE-Mercosur mettent en avant les bénéfices économiques et stratégiques de cet échange, les agriculteurs européens dénoncent une mise en péril de leur compétitivité. Le principal point de friction réside dans la différence des normes de production entre les deux blocs. En Europe, les réglementations en matière de bien-être animal, d’utilisation des pesticides et de traçabilité alimentaire sont strictes, imposant aux agriculteurs des coûts de production plus élevés. À l’inverse, les producteurs du Mercosur bénéficient de coûts plus faibles en raison de régulations environnementales et sanitaires moins contraignantes.

L’un des points critiques soulevés par la profession agricole concerne la viande bovine. L’accord prévoit l’importation de 99 000 tonnes de viande bovine en franchise de droits de douane dans l’UE. Or, les exploitants français et européens dénoncent une inégalité structurelle : au Brésil ou en Argentine, les éleveurs utilisent des hormones de croissance interdites en Europe et disposent de vastes étendues de terres, réduisant leurs coûts. Selon la Fédération nationale bovine, l’élevage français subit un surcoût de 8 % dû aux normes sanitaires et environnementales en vigueur. Face à ce constat, l’idée d’intégrer des « clauses miroirs » dans l’accord s’est imposée comme un impératif pour certains gouvernements, dont la France.

Les clauses miroirs, perçues comme un levier de protection pour les agriculteurs européens, restent largement inapplicables dans un cadre de libre-échange, mettant en lumière les contradictions de l’accord UE-Mercosur.

Le gouvernement français milite pour l’intégration de clauses de réciprocité, ou « clauses miroirs », qui garantiraient une application des mêmes normes de production aux importations en provenance du Mercosur. L’objectif est d’éviter une concurrence biaisée où les produits sud-américains bénéficieraient d’un avantage tarifaire dû à des conditions de production plus permissives.

Toutefois, la mise en place de ces clauses pose de nombreuses difficultés. Sur le plan juridique, l’OMC (Organisation mondiale du commerce) impose des règles strictes en matière de libre-échange, qui compliquent la mise en œuvre de mesures protectionnistes sous couvert de normes environnementales. De plus, les États du Mercosur ont déjà exprimé leur réticence à accepter des restrictions sur leurs exportations agricoles, considérant ces clauses comme une tentative de limiter artificiellement leur compétitivité.

Une fracture européenne sur la ratification de l’accord

Dans un rapport publié en novembre 2024, la Commission européenne reconnaît que la mise en place des clauses miroirs nécessiterait des mécanismes de contrôle robustes et coûteux, rendant leur application incertaine. De nombreux analystes estiment que ces mesures, bien que politiquement séduisantes, risquent de rester lettre morte en raison de leur incompatibilité avec le cadre actuel du commerce international.

La France ne fait pas front seule dans cette opposition. Aux côtés de l’Autriche, de l’Irlande et des Pays-Bas, elle défend une position protectionniste face aux importations agricoles sud-américaines. Emmanuel Macron a plusieurs fois affirmé que la ratification de l’accord en l’état était « impossible » sans garanties sur la réciprocité des normes. L’argument repose également sur un risque écologique majeur : selon une étude de l’Institut européen de politique environnementale, l’accord pourrait entraîner une augmentation de 25 % de la déforestation en Amazonie, en raison de l’expansion de la production de soja et de bétail.

La fracture européenne sur l’accord UE-Mercosur illustre les tensions entre intérêts agricoles et industriels, mettant en péril l’unité du bloc communautaire.

En revanche, une coalition de 11 États membres, menée par l’Allemagne et l’Espagne, soutient fermement l’accord, mettant en avant ses bénéfices industriels et commerciaux. Pour ces pays, notamment l’Allemagne, qui exporte massivement des véhicules et des machines vers le Mercosur, cet accord représente un levier stratégique pour renforcer leur présence sur un marché émergent. L’Italie et la Belgique, de leur côté, estiment que les concessions agricoles sont un prix à payer pour garantir des débouchés aux industries européennes.

Cette division risque de compliquer la ratification du texte. Pour qu’un accord commercial entre en vigueur, il doit être approuvé par le Parlement européen ainsi que par chaque État membre. Or, face aux tensions croissantes, certains pays pourraient refuser de le valider, retardant ou compromettant définitivement son application.

Crédit image : Shutterstock Alexandre Prevot

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