Alors que l’Europe est le continent qui se réchauffe le plus vite, la hausse des températures s’illustre par un mois de juillet tournant autour de 24,9 degrés, soit le mois le plus chaud jamais enregistré en France depuis 1900. Cela impacte significativement le fonctionnement des centrales nucléaires, notamment en France où, en moyenne, 27 des 57 réacteurs nucléaires étaient en arrêt partiel ou complet sur le mois d’août.
Face à la multiplication des vagues de chaleur et des canicules, la hausse des températures contraint les centrales nucléaires à ralentir, voire à interrompre leur activité. Ce fut le cas le 10 août dernier, lorsque trois réacteurs de la centrale de Gravelines ont été arrêtés en raison de méduses dans les prises d’eau. La hausse de la température des eaux favoriserait la prolifération de ces animaux marins, comme en témoigne leur présence dans les trois réacteurs de la centrale de Gravelines, la plus grande d’Europe occidentale.
Le réchauffement climatique ralentit donc les centrales françaises, de façon directe comme indirecte.
Directement, car le phénomène réchauffe l’eau prélevée par les centrales.
Les 57 réacteurs nucléaires français sont installés au bord de rivières ou de fleuves pour garantir le refroidissement des installations, sauf que la hausse des températures des cours d’eau ne permet plus de remplir convenablement cette fonction. L’eau utilisée pour refroidir les réacteurs ne peut en effet être rejetée à une température trop élevée, au risque de perturber la biodiversité ou de compromettre certains usages, comme le captage d’eau potable, interdit au-delà de 25°. Cela peut donc contraindre les centrales à réduire, voire à interrompre leur production pour préserver les écosystèmes aquatiques.
De façon indirecte, car la sécheresse réduit le débit d’eau disponible et nécessaire au fonctionnement des centrales.
Ces difficultés de fonctionnement des centrales ne touchent pas seulement la France. D’autres pays européens sont touchés, tels que la Hongrie, qui doit faire face au faible débit du fleuve du Danube en raison des sécheresses.
Les niveaux historiquement bas du plus grand fleuve de l’Union européenne s’expliquent notamment par un déficit exceptionnel de précipitations. Selon le climatologue autrichien Alexandre Orlik, « les sept premiers mois de l’année n’ont jamais été aussi pauvres en précipitations, du moins depuis le début du XXe siècle ».
Le réchauffement climatique est donc au cœur de l’interrogation sur l’avenir de l’activité des centrales et la nécessité d’une adaptabilité de leur fonctionnement. De telles difficultés étaient survenues en 2022 et avaient conduit à adapter les règles applicables au rejet des réacteurs, délimitant les rejets selon les températures et l’échauffement des cours d’eau propres à chaque centrale.
Dès 2023, la Cour des comptes alertait sur la nécessité d’adaptation au changement climatique des centrales nucléaires, car « pour les sites nucléaires en bord de fleuve, à réglementation inchangée et sans adaptation des installations existantes, les risques d’indisponibilité des tranches augmenteront ».
Ainsi, des solutions sont envisagées par les États comme par l’UE. Sans mesure de relance du nucléaire pour électrifier l’économie française, l’effet des restrictions environnementales pourrait représenter 1,4 % de la production nucléaire annuelle dès 2035, contre 0,3 % en moyenne depuis 2000.
Alors que l’augmentation des demandes en électricité se fait de plus en plus importante en raison de l’électrification des usages et de l’utilisation croissante de la climatisation, l’Institut national de recherche pour l’agriculture et l’environnement (INRAE) préconise une « rénovation des centrales à circuit ouvert, afin d’installer des systèmes de refroidissement hybrides, ainsi que le développement de centrales plus petites et à circuit fermé, afin de limiter l’impact sur les cours d’eau et la biodiversité et garantir leur fonctionnement toute l’année ». L’INRAE précise aussi que cela devra s’accompagner d’une consommation d’énergie plus sobre et efficace, ainsi que de l’accélération des énergies renouvelables.
