LA REVUE DEMOS

Dans quelle mesure l’accord UE–Mercosur remet-il en cause l’équilibre européenne ?

L’accord de libre-échange entre l’Union européenne et le Mercosur, signé le 17 janvier 2026, vise à renforcer les échanges commerciaux entre les deux régions. Il concerne l’Union européenne et quatre pays d’Amérique du Sud : le Brésil, l’Argentine, le Paraguay et l’Uruguay. Ce type d’accord réduit ou supprime les droits de douane pour faciliter les exportations. Dans ce cas, il prévoit la suppression des droits de douane sur plus de 90 % des biens échangés, ce qui doit notamment faciliter les exportations industrielles européennes vers l’Amérique du Sud.

L’agriculture constitue l’un des points les plus sensibles de l’accord. Le texte ouvre le marché européen à plusieurs produits agricoles du Mercosur, comme la viande bovine, la volaille, le sucre, l’éthanol et le riz, par le biais de quotas tarifaires. Ces quotas autorisent l’entrée sur le marché européen de volumes déterminés avec des droits de douane réduits. L’accord prévoit ainsi l’importation annuelle de 99 000 tonnes de viande bovine à un droit de douane de 7,5 %, ainsi que 180 000 tonnes de volaille, 180 000 tonnes de sucre, 450 000 tonnes d’éthanol et 60 000 tonnes de riz.

À l’échelle de l’Union européenne, ces volumes restent limités. Les 99 000 tonnes de viande bovine représentent environ 1,2 % de la consommation européenne, estimée à plus de 8 millions de tonnes par an. Les 180 000 tonnes de volaille correspondent à environ 1 % du marché européen. La Commission européenne souligne ces proportions pour indiquer que l’impact global de l’accord sur le marché agricole européen devrait rester modéré.

L’accord suscite pourtant de fortes inquiétudes dans plusieurs pays européens. En France et en Irlande, les critiques portent surtout sur les conséquences possibles pour les filières d’élevage bovin. L’Autriche insiste davantage sur les enjeux environnementaux et les risques de déforestation en Amérique du Sud. Le Conseil de l’Union européenne a autorisé la signature de l’accord le 9 janvier 2026, malgré l’opposition de certains États membres.

L’accord doit encore être ratifié par le Parlement européen et par les parlements nationaux pour entrer pleinement en vigueur. Certaines dispositions commerciales pourraient cependant s’appliquer de manière provisoire, ce qui alimente déjà les tensions politiques et les mobilisations agricoles dans plusieurs pays européens.

Le débat porte aussi sur les différences de normes de production entre l’Union européenne et certains pays du Mercosur. Dans l’Union européenne, les agriculteurs respectent des règles strictes en matière d’environnement, d’utilisation des pesticides ou de bien-être animal. Ces exigences se sont renforcées ces dernières années avec le Pacte vert européen et l’évolution de la politique agricole commune. Certains agriculteurs estiment que ces règles plus strictes les désavantagent face à des produits importés soumis à des réglementations différentes.

Les enjeux environnementaux occupent une place centrale dans le débat. Plusieurs ONG craignent que l’augmentation des échanges agricoles n’encourage l’expansion de productions liées à la déforestation, comme l’élevage bovin ou la culture du soja destiné à l’alimentation animale. Ces activités sont souvent associées à la conversion de forêts ou de savanes en terres agricoles dans certaines régions d’Amérique du Sud, notamment en Amazonie ou dans le Cerrado brésilien.

Ce débat survient alors que l’Union européenne a adopté un règlement contre la déforestation importée. Ce texte oblige les entreprises commercialisant certains produits (bœuf, soja, cacao, café) à prouver que leur production n’a pas contribué à la déforestation. Son application doit entrer en vigueur le 30 décembre 2026.

L’accord UE–Mercosur divise aujourd’hui le monde agricole européen. Certaines filières exportatrices pourraient profiter d’un meilleur accès au marché sud-américain, tandis que d’autres secteurs, notamment l’élevage bovin, redoutent une pression accrue sur les prix et les revenus. Les positions diffèrent aussi entre les États membres : l’Espagne, le Portugal ou l’Allemagne soutiennent davantage l’accord, alors que la France, l’Autriche ou l’Irlande restent plus critiques en raison des enjeux agricoles et environnementaux.

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