LA REVUE DEMOS

La montée de l’extrême droite au Parlement européen est-elle un danger pour le Pacte vert ?

En 2014, l’extrême droite réussit à constituer un groupe au Parlement européen avec 36 députés. Ils y parviennent alors de justesse, 25 députés venus de 7 pays différents étant nécessaires pour constituer un groupe dans l’hémicycle.

En 2025, la donne a largement changé. Ils sont désormais divisés en plusieurs partis, dont le principal est les patriotes pour l’Europe, qui est devenue la troisième force politique du Parlement avec 86 députés. Ces derniers sont suivis par le groupe des conservateurs et réformistes, dirigé par le parti de Giorgia Meloni, ainsi que celui de l’Europe souveraine dans lequel l’AFD Allemande est majoritaire. Dans ces conditions, un véritable changement des rapports de force s’est établi, avec un hémicycle de plus en plus à droite. Cette bascule s’explique par une percée électorale en juin 2024, lors de laquelle les groupes centristes ont perdu de nombreux sièges au profit de forces politiques plus radicales. 

Cependant, jusqu’à présent, jamais d’association entre l’extrême droite et le centre droit ne s’était produite. C’est désormais chose faite depuis le 13 novembre 2025, avec le vote de Omnibus I, qui concrétise pour la première fois une alliance entre le centre-droit et l’extrême droite. Surnommée la “majorité vénézuélienne”,  leur entente se retrouve notamment dans la volonté d’affaiblir le Pacte Vert. Ce dernier, voté en 2019, a pour objectif de rendre le continent neutre au niveau carbone d’ici 2050. Il implique donc des normes et des charges ambitieuses, appliquées à la fois aux citoyens et aux entreprises. Dans cette optique, l’objectif de la droite et de l’extrême droite est le même : faire baisser les restrictions environnementales pour gagner en productivité.

 C’est ainsi que Omnibus I, par exemple, est un nouveau paquet législatif qui prévoit un large démantèlement des normes prévues dans le Pacte Vert pour cadrer les entreprises. Deux mesures phares sont notamment visées : le devoir de vigilance des entreprises (CSDD) et le reporting de durabilité (CSDR). La première concerne l’obligation des entreprises de prévenir les atteintes aux droits humains et à l’environnement. Désormais, les PME en sont exemptées, soit une baisse de près de 80% des concernées. La seconde, elle, réduit drastiquement les obligations de transparence sur leurs impacts environnementaux et sociaux. Dans cette perspective, certains Instituts tels que la CNCDH considèrent que le Pacte Vert a été vidé de sa substance par la nouvelle loi adoptée, à l’image d’une “coquille vide”. Cependant, Omnibus n’est que le début d’un nouvel élan. Le 18 novembre 2025, la loi sur la déforestation qui devait entrer en vigueur a été repoussée à la fin 2026 pour les grandes entreprises, et la fin 2027 pour les PME. Également porté par la droite, ce report vient s’ajouter au détricotage des normes environnementales qui met en danger le Pacte Vert. 

Cette volonté de la droite de diminuer l’impact du Pacte vert est explicable.. Tout d’abord, la montée du climato scepticisme dans les discussions politiques est discutée par le député et membre de la commission environnementale Pascal Canfin, qui évoque une “Trumpisation du débat”. Les électeurs européens sont en grande majorité convaincus de la réalité scientifique du réchauffement climatique, et  l’extrême droite européenne ne capitalise pas sur des déclarations aussi sceptiques que celles du président américain. Cependant, ce dernier met en place un climat international qui légitime la volonté des politiques de faire passer la préservation de l’environnement au second plan. Le PPE priorise la compétitivité économique de l’UE, considérée comme déclinante face à des empires tels que la Chine et les États-Unis. 

L’ambition de la droite est aussi de toucher un électorat majoritairement plus craintif des sacrifices et des contraintes liées aux mesures prises contre le réchauffement climatique. Le RN, par exemple,  fustige une “écologie punitive”, l’accusant de priver les Français. Ils revendiquent une écologie dite “positive”, qui s’écarte des recommandations faites par les scientifiques. L’extrême droite se trouve ainsi dans une rhétorique populiste concernant l’environnement. Elle met en opposition ce qui est considéré comme les intérêts du peuple, face à des objectifs de transition “imposés par le haut”. Dans cette mesure, c’est aussi l’euroscepticisme qui alimente le démantèlement du Pacte Vert. La nouveauté est en réalité le ralliement d’une partie de la droite traditionnelle au vote de l’extrême droite dans l’hémicycle, qui, loin d’être anecdotique, annonce une nouvelle ère. 

Si l’avenir du Pacte Vert devient de plus en plus incertain, l’objectif des Ving-Sept d’atteindre la neutralité carbone d’ici 2050 reste maintenu. Un nouvel objectif intermédiaire contraignant à par ailleurs été voté le 10 février 2026, imposant désormais aux pays de  réduire leur taux de GES de 90% par rapport à 1990 d’ici 2040. Le parlement européen est donc traversé par différents courants d’opposition qui divergent sur la question, menant à des décisions paradoxales. 

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