LA REVUE DEMOS

La Pologne est-elle une grande puissance économique émergente ?

En 2025, la Pologne affiche la plus forte croissance en Europe avec une augmentation de 3,6 % de son PIB, dépassant la France (+0,9 %) et l’Allemagne (+0,2 %). Depuis la seconde moitié des années 1990, le pays a vu son PIB augmenter constamment chaque année, sauf en 2020, passant d’environ 143 milliards de dollars en 1995 à 918 milliards en 2024, selon la Banque mondiale.

La croissance polonaise repose sur une base industrielle représentant plus d’un tiers du PIB, notamment dans les secteurs du transport, des TIC et des machines, malgré le ralentissement de la demande de ses principaux partenaires, dont l’Allemagne. Le secteur des services, qui correspond à la mise à disposition d’une prestation technique ou intellectuelle, est le principal soutien de cette croissance. Il représentait environ 60 % de l’économie en 2024 en Pologne. Le domaine des services aux entreprises, ou externalisation des processus métier (BPO), illustre cette dynamique. Ce secteur et la diversité économique du pays renforcent la résilience face aux fluctuations du marché. Selon l’OCDE, le PIB par habitant pourrait dépasser celui de la France d’ici 2035.

À l’échelle mondiale, la Pologne était classée 27e PIB en 2004 et 20e en 2025 selon la Banque mondiale. Un rapport annuel de The Economist la plaçait 10e en termes de croissance parmi 36 pays développés, sur la base de cinq indicateurs : l’inflation, la croissance du PIB, le taux d’emploi et le cours des actions.

Dès 1980, Lech Wałęsa, leader du syndicat Solidarność, évoquait les ambitions économiques de la Pologne en parlant d’un « deuxième Japon ». Sous l’URSS, l’économie polonaise était planifiée à court terme selon le modèle soviétique. Après la chute du régime, la Pologne ouvre dans les années 1990 son marché aux investissements étrangers via des Zones Économiques Spéciales sur d’anciens sites industriels à fort chômage. En 2024, le pays a capté environ 45 % des investissements étrangers destinés aux huit pays de la région, soit 265,55 milliards de dollars.

Depuis les années 1990, la Pologne renforce son influence en Europe grâce à des mécanismes de coopération en Europe de l’Ouest et de l’Est. Dans le cadre du triangle de Weimar, système de coopération tripartite entre la France, l’Allemagne et la Pologne, le pays a développé ses relations avec les deux grandes puissances occidentales, comme en témoignent plusieurs partenariats universitaires. Parallèlement, la Pologne a tissé des liens économiques avec l’Europe de l’Est via le groupe de Visegrad (Hongrie, République tchèque et Slovaquie) et l’Initiative des Trois Mers, lancée en 2016 pour stimuler les relations économiques entre les pays d’Europe de l’Est et contrebalancer les puissances occidentales.

L’intégration européenne a permis à la Pologne d’accroître son économie. Lorsqu’elle a rejoint l’UE en 2004, elle en était le 9e PIB et est aujourd’hui 6e, devant la Belgique. Depuis son adhésion, la Pologne a bénéficié de nombreuses aides dans le cadre de la politique de cohésion, puis du plan de relance européen après la crise du Covid-19. Cette intégration a aussi favorisé un rapprochement économique avec l’Allemagne, principal partenaire, qui représentait en 2024 27,1 % (94,8 milliards d’euros) des exportations polonaises et 19,2 % (62,2 milliards d’euros) des importations.

Cette trajectoire de croissance s’accompagne de fragilités budgétaires. Depuis 2020, la hausse des dépenses sociales et militaires a creusé le déficit et porté la dette publique à près de 60 % du PIB, tandis que la charge d’intérêts s’est alourdie. Placée sous procédure de déficit excessif par la Commission européenne en 2024, le gouvernement dispose d’une marge de manœuvre limitée. À court terme, l’ajustement budgétaire est prévu de manière progressive, mais le cadre budgétaire pour 2025–2026 reste expansionniste, avec un déficit anticipé proche de 7 % du PIB.

Les investissements privés dans la recherche-développement (R-D) et les capacités d’innovation du pays restent faibles. Selon l’OCDE, les entreprises polonaises sont deux fois moins susceptibles d’introduire des innovations de produit ou de processus que leurs homologues de l’UE.

La Pologne fait face à un fort vieillissement de sa population, en raison d’un taux de fécondité parmi les plus faibles au monde et d’un taux d’émigration élevé des jeunes adultes, ce qui entraîne une pénurie de main-d’œuvre. D’après l’Office statistique polonais, le nombre de personnes en âge de travailler aura diminué d’environ deux millions d’ici à 2040, menaçant la croissance économique future.

La Pologne reste isolée des marchés internationaux et centrée sur l’Europe, en raison des tensions sur les marchés industriels et du ralentissement de l’économie européenne, qui représente 74 % des exportations et 53 % des importations. Les exportations vers la Chine restent limitées, concentrées sur quelques secteurs (matières premières et machines), et font face à une forte concurrence chinoise, tandis que les importations, dominées par l’électronique, creusent le déficit commercial selon le Centre national de statistiques polonais et le Conseil de l’UE.

Malgré ces défis, les perspectives économiques de la Pologne restent optimistes : selon le Fonds monétaire international, son PIB par habitant pourrait croître de 20 % entre 2026 et 2030, soit près du double de l’Italie et de l’Espagne. Son invitation au G20 offre aussi une occasion stratégique d’influencer l’agenda mondial, souligne Dalibor Rohac de l’American Enterprise Institute.

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