L’Union européenne et l’Australie ont annoncé, le 24 mars 2026, la conclusion des négociations de leur accord de libre-échange, après plus de huit ans de discussions. Cette annonce intervient entre la signature de l’accord Mercosur, le 17 janvier 2026, et son application provisoire, le 1er mai 2026.
Cet accord présente plusieurs similitudes avec celui du Mercosur, notamment par l’ouverture du marché européen à certains produits agricoles sensibles : viande bovine, ovine et caprine, produits laitiers, céréales, sucre, fruits et légumes, fruits à coque, miel, produits de la mer et vin. Il concerne également des secteurs industriels comme les minéraux critiques, les produits pharmaceutiques, les machines, les automobiles, les produits chimiques, les équipements électriques et les textiles. Or, ce sont précisément ces secteurs qui avaient suscité les plus vives contestations lors des négociations de l’accord Mercosur.
À l’instar du Mercosur, la Commission européenne cherche à encadrer cette ouverture par des quotas sur les produits agricoles les plus sensibles. Toutefois, l’ampleur des concessions diffère : l’accord Mercosur prévoit l’importation de 99 000 tonnes de viande bovine, 180 000 tonnes de volaille, 180 000 tonnes de sucre et 650 000 tonnes d’éthanol, tandis que l’accord avec l’Australie limite les principaux quotas à 30 600 tonnes de bœuf, 25 000 tonnes de viande ovine, 35 000 tonnes de sucre et des volumes plus modestes de produits laitiers. Le Mercosur apparaît donc comme plus sensible pour l’agriculture européenne.
La Commission européenne présente néanmoins l’accord UE-Australie comme stratégique. Sur le plan économique, elle estime qu’il pourrait augmenter les exportations européennes vers l’Australie d’environ un tiers d’ici 2040, soit près de 4,8 milliards d’euros supplémentaires par an. Il faciliterait l’accès aux marchés publics australiens aux entreprises européennes en supprimant plus de 99 % des droits de douane australiens sur les exportations européennes. Les principaux bénéficiaires seraient les secteurs automobiles, les pièces détachées, les machines, les produits chimiques, pharmaceutiques, textiles et les équipements électriques. À la différence du Mercosur, qui ouvre un marché de plus de 260 millions de consommateurs (contre environ 25,5 millions en Australie) et prévoit notamment la suppression de droits pouvant atteindre 35 % sur les automobiles, 18 % sur les produits chimiques et 20 % sur les machines, l’accord australien repose davantage sur la sécurisation des chaînes de valeur.
L’accord répond également à un objectif géostratégique. L’Australie détient près de 24 % des réserves mondiales de lithium et assure environ 47 % de sa production mondiale. À l’inverse, l’Union européenne importe 100 % de son lithium et près de 98 % de son manganèse. Cette dépendance est renforcée par le rôle majeur de la Chine, qui assure près de 100 % du raffinage des terres rares lourdes, environ 97 % du magnésium importé par l’UE et une part importante du raffinage mondial du lithium. L’accord vise ainsi à sécuriser les approvisionnements européens dans un contexte de concurrence internationale croissante.
Sur les volets environnemental et sanitaire, la Commission européenne rappelle qu’un chapitre entier est consacré au développement durable, aux droits humains et à la mise en œuvre de l’Accord de Paris. Concrètement, les deux partenaires s’engagent notamment à coopérer sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre, le développement des énergies renouvelables et le déploiement de technologies bas carbone afin de contribuer à leurs objectifs climatiques respectifs fixés dans le cadre de l’Accord de Paris. L’accord avec l’Australie prévoit également une coopération renforcée sur les énergies renouvelables, les technologies propres et la décarbonation. Les normes sanitaires européennes continueront par ailleurs de s’appliquer : les produits australiens devront respecter les exigences européennes en matière de sécurité alimentaire et de santé animale et végétale. Ces garanties ne convainquent toutefois pas totalement les organisations agricoles. Le Copa-Cogeca souligne que leur efficacité dépendra du contrôle des importations et du respect des conditions de concurrence.
Enfin, ce rapprochement dépasse le seul cadre commercial. L’Union européenne et l’Australie ont conclu parallèlement un Partenariat de sécurité et de défense (Security and Defence Partnership), visant à renforcer leur coopération en matière d’industrie de défense, de cybersécurité, de lutte contre les menaces hybrides et de sécurité maritime. Ce partenariat prévoit notamment des échanges renforcés en cybersécurité, des exercices conjoints et des projets communs pour sécuriser les chaînes d’approvisionnement des industries de défense.
Si certains voient déjà dans cet accord une nouvelle source de controverses comparable au Mercosur, son entrée en vigueur reste soumise au processus institutionnel européen : il devra être approuvé par le Conseil de l’Union européenne puis par le Parlement européen. En somme, si des modifications, des discussions ou des controverses doivent émerger, elles disposeront encore de l’ensemble du processus institutionnel pour se manifester.
