LA REVUE DEMOS

Les élections parlementaires moldaves confirment-t-elles l’orientation pro-européenne du pays ?

Le 28 septembre 2025, les Moldaves ont tranché dans les urnes : le Parti de l’Action et de la Solidarité (PAS), mené par la présidente Maia Sandu, a remporté 50,16 % des voix et 55 sièges sur 101 au Parlement, assurant sa reconduction sans coalition. Le bloc patriotique prorusse atteint 24,2 %, les autres formations, plus marginales, n’atteignant pas le seuil d’entrée.

La participation s’est élevée à 52,2 %, portée par un vote massif de la diaspora moldave dans les pays membres de l’UE, qui s’est exprimée à près de 78,5 % en faveur du PAS, principalement par la diaspora moldave au sein des pays de l’UE. L’arithmétique électorale est claire : une majorité parlementaire stable pour les pro-européens, mais une société divisée sur son avenir stratégique.

Depuis l’obtention du statut de candidat à l’Union européenne en 2022, Maia Sandu a fait de l’adhésion à l’UE le pilier de sa présidence. Le 5 juin 2025, lors du 9ᵉ Conseil d’association UE-Moldavie, Bruxelles a validé les « progrès notables » dans la réforme de la justice, la lutte contre la corruption et l’alignement législatif. L’UE a débloqué un plan d’aide de 1,9 milliard d’euros pour la Moldavie pour la période 2025-2027. Cette manne financière vise à amortir les coûts sociaux de la transition et à stabiliser un pays économiquement fragile, dont le PIB par habitant reste faible (près de 6 941 € par habitant). La présidente a promis d’achever les négociations d’adhésion « d’ici fin 2027 », mais le calendrier dépendra de la mise en œuvre concrète des réformes.

La campagne électorale a rejoué la ligne de fracture entre Europe et Russie. Le PAS a misé sur la continuité, présentant le scrutin comme un plébiscite pour « le futur européen » du pays. Les adversaires prorusses ont, eux, dénoncé « une perte de souveraineté » et promis un retour à une politique d’équilibre entre Est et Ouest. Les accusations d’ingérence russe, de cyberattaques et de campagnes de désinformation ont rythmé les semaines précédant le vote. Malgré cette pression, le PAS a conservé l’appui d’une classe moyenne urbaine en expansion, de la jeunesse et de la diaspora, tandis que les campagnes et les régions autonomes (en Gagaouzie et en Transnistrie) ont massivement voté pour les partis prorusses.

Pour l’UE, ce vote est un signal encourageant, après les élections présidentielles de l’an passé, où le PAS a maintenu Maia Sandu en sa qualité de présidente. « Le peuple moldave s’est exprimé et son message est fort et clair », a déclaré António Costa, président du Conseil européen, dans un message publié sur le réseau social X. Le commissaire à l’Élargissement, Olivér Várhelyi, a rappelé que « le chemin vers l’adhésion reste exigeant : justice, médias, intégrité publique, réforme de l’administration ». L’Union prépare une première évaluation de conformité prévue pour mars 2026. En parallèle, la Moldavie devra gérer sa dépendance énergétique, toujours liée au gaz russe, et sécuriser ses frontières orientales, devenues plus vulnérables depuis l’invasion de l’Ukraine.

Le référendum constitutionnel d’octobre 2024, approuvé de justesse (50,46 %), avait inscrit l’« orientation européenne » dans le texte fondamental. Le scrutin de 2025 confirme donc cette direction, mais il révèle aussi la fragilité du consensus : si le PAS progresse à l’étranger, il recule légèrement sur le territoire national par rapport à 2021 (52,8 % alors contre 49,8 % aujourd’hui). Dans les régions rurales, l’inflation, la hausse des prix de l’énergie et la fermeture de marchés d’exportation vers la Russie (due à l’ajustement des mesures européennes et à la guerre en Ukraine) alimentent le ressentiment social.

La diaspora, estimée à près d’un million de citoyens (soit un quart de la population en âge de voter), apparaît comme le moteur décisif de cette orientation pro-européenne. Son poids électoral croissant a inversé les équilibres internes : en 2021, elle avait offert au PAS la majorité absolue, et en 2025, elle consolide cette avance. Pour beaucoup de ces électeurs installés en Italie, en France ou en Allemagne, l’intégration à l’UE symbolise une promesse de retour possible en Moldavie, dans un cadre européen.

Mais derrière cet élan, des tensions persistent. Le Patriotic Bloc dénonce un « mandat biaisé par la propagande occidentale » et prépare des recours électoraux. À Comrat, capitale de la région gagaouze, les autorités locales ont déclaré qu’elles « refuseraient toute réforme contraire aux intérêts économiques de la région ». En Transnistrie, les dirigeants de facto, soutenus par Moscou, continuent de rejeter toute intégration européenne. Ces zones échappent partiellement au contrôle de Chişinău et constituent autant d’obstacles politiques que territoriaux.

Le scrutin du 28 septembre n’est donc pas un simple vote de gestion, mais un acte géopolitique. La Moldavie réaffirme sa volonté d’ancrage européen, sous le regard attentif de l’Ukraine voisine, de l’UE et de la Russie. Les prochaines années diront si cette orientation peut se transformer en adhésion effective ou si, comme le craignent certains observateurs, elle demeurera un horizon plus symbolique que stratégique. L’Europe, de son côté, voit dans cette victoire la preuve que son « pouvoir d’attraction » reste intact, même à la frontière des influences russes. Reste à savoir si la population moldave, confrontée à des difficultés économiques croissantes, continuera à y croire aussi fermement.

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