LA REVUE DEMOS

L’UE peut-elle peser dans la paix russo-ukrainienne ?

Le 18 août 2025, Donald Trump a reçu une délégation de sept dirigeants européens, dont Emmanuel Macron et Volodymyr Zelensky, afin d’échanger autour d’un éventuel accord de paix entre l’Ukraine et la Russie. Cette rencontre fait suite à l’entretien réalisé entre Donald Trump et Vladimir Poutine en Alaska le 15 août dernier. Le président américain se présente depuis sa réélection comme un acteur principal dans les négociations de paix entre Ukraine et Russie, avançant même être en capacité de mettre un terme au conflit.

Par ce biais, les Etats-Unis souhaitent affirmer leur puissance militaire et diplomatique en utilisant la médiation comme ce fut le cas dans le passé, notamment lors des accords de Camp David entre Israël et l’Egypte de 1978. Pourtant, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a affirmé sa volonté à plusieurs reprises que les  dirigeants européens prennent aussi part aux négociations avec Moscou. Un souhait partagé par ces derniers, soucieux de garder leur influence dans des négociations semblant progressivement se cristalliser autour du duo russo-américain. Leur présence aux côtés de Volodymyr Zelensky durant cet entretien à Washington, bien que essentiellement symbolique,  est particulièrement significative et cruciale.  

Les dirigeants européens présents durant cet entretien représentent effectivement un atout diplomatique pour l’Ukraine, qui veut préserver son intégrité territoriale. Or, les négociations avec le chef de l’Etat russe n’ont pas abouti à des mesures concrètes allant dans ce sens.  De plus,  les Etats-Unis ne semblent pas plus préoccupés que cela par une refonte des frontières ukrainiennes à l’avantage de la Russie. D’après J. Kavanagh, docteure en sciences politiques, les territoires à ce jour annexés abritent des ressources promises aux Etats-Unis dans le cadre d’un accord commercial avec l’Ukraine en 2025. Cela n’a, à ce jour, entraîné aucune réaction de la part de D. Trump. D’après J. Kavanagh, il s’agit d’une illustration  de ce  désintéressement.

La déclaration faite en  février 2025 par Pete Hegseth, secrétaire d’Etat américain, semble confirmer ce point de vue. Il avait effectivement qualifié « d’irréaliste » la volonté de récupérer les territoires annexés par la Russie. On imagine alors que l’implication de Donald Trump dans les négociations de paix vise essentiellement à conclure la guerre, quelle qu’en soit l’issue pour l’Ukraine. Cet accord de paix signerait la fin de l’aide militaire américaine, largement critiquée  car jugée trop coûteuse par Donald Trump. Cela permettrait à ce dernier de forger son image de médiateur en se posant comme acteur principal des négociations de paix.  Face à la précipitation des Américains, l’aide européenne est alors devenue plus que cruciale pour l’Ukraine : elle incarne la possibilité de négociations de paix plus justes. Effectivement, depuis plus d’une décennie, l’Union Européenne constitue une alliée diplomatique de l’Ukraine face à la Russie.

Dès 2013, durant la guerre de Crimée, l’UE lui avait apporté son soutien. Elle fut alors à l’initiative de sanctions imposées à la Russie via l’accord Minsk en 2015. Celui-ci engageait, entre autres, la présence de troupes de l’OSCE (Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe) dans la région pour « assurer un suivi du cessez-le-feu ». C’est durant cette même période que l’UE fût à l’origine du « format Normandie ». Durant la célébration des 70 ans du débarquement, Angela Merkel et François Hollande avaient profité de leur rencontre avec Vladimir Poutine pour inviter le président ukrainien de l’époque, Petro Porochenko.

De fait, historiquement, l’Union Européenne s’est déjà présentée comme garante de la protection de l’Ukraine et du maintien d’une paix de circonstance avec la Russie. C’est pourquoi elle a de nouveau apporté son aide dès le début de la guerre d’un point de vue financier et diplomatique. La présence des dirigeants européens lors de la rencontre avec Donald Trump est l’illustration de la place  « médiatrice » qu’occupe l’Union Européenne. La rencontre organisée le 18 août dernier avec le président américain était la première depuis l’entretien houleux entre Volodymyr Zelensky et Donald Trump le 28 février 2025. Suite à ce dernier échange, ce furent les dirigeants européens qui assurèrent l’apaisement des relations entre Donald Trump et Volodymyr Zelensky, négociant le maintien de l’aide américaine à l’Ukraine. Emmanuel Macron s’était d’ailleurs immédiatement entretenu avec Donald Trump à la suite de cet incident diplomatique, assurant le maintien d’un dialogue malgré les tensions. 

Ainsi, si l’UE ne parvient pas à elle seule à négocier la paix entre l’Ukraine et la Russie, elle joue un rôle capital dans la sauvegarde des collaborations diplomatiques avec les Etats-Unis. Les dirigeants participent activement à l’apaisement des tensions entre les deux chefs d’État, se tenant garante de l’engagement américain, aussi bien sur plan financier que diplomatique. L’Union européenne se présente ainsi comme un soutien infaillible de l’Ukraine, comblant certaines lacunes des Etat-Unis. Elle  a effectivement toujours affirmé sa volonté de soutenir l’Ukraine dans ce conflit et ne revint jamais sur cette position. L’importance de son influence reste pourtant questionnée, parfois par l’Ukraine même. Effectivement, le journal ukrainien Oukraïnska Pravda remettait déjà en question, dès 2021, l’influence de l’UE face à Moscou et présentait le « format Normandie » comme en déclin. On comprend alors que d’après le média ukrainien, bien que l’aide de l’UE  soit indispensable dans la guerre, seule son adhésion dans l’UE ou l’OTAN représente une solution véritablement satisfaisante. Or, ce ne sont pour l’instant pas des engagements  que l’Union Européennes est en mesure d’offrir à l’Ukraine, en raison d’un risque d’aboutissement à un conflit armé avec la Russie.

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