LA REVUE DEMOS

Comment expliquer la réduction du déficit commercial de la France en 2025 ?

Malgré les tensions commerciales internationales observées en 2025, liées à l’instauration de mesures protectionnistes par les États-Unis auprès de nombreux partenaires, dont 10% de droits de douanes supplémentaires pour les produits en provenance de l’UE, la France enregistre en 2025 une réduction notable de son déficit commercial.

Cela signifie que l’écart entre les marchandises importées et celles exportées s’est réduit en valeur. En 2025, il s’établit à 69,2 milliards d’euros en 2025, en amélioration par rapport aux 79,1 milliards enregistrés en 2024. Cela marque également un fort redressement par rapport au niveau record atteint en 2022, qui culminait alors à 161,7 milliards d’euros. 

La réduction du déficit est d’autant plus remarquable que la France affiche en 2025 une progression de son solde commercial de 12,5% alors que ses principaux partenaires européens enregistrent une dégradation de leur balance commerciale, de 0,1% en 2025 en Italie, de 0,6% en Espagne et de 1,4% en Allemagne.

Cette réduction du déficit s’explique avant tout par une structure favorable des échanges. En 2025, les exportations françaises progressent de 2,5%, pour atteindre 614,7 Md€, tandis que les importations n’augmentent que de 0,7%. Deux facteurs principaux expliquent ce résultat : la baisse de la facture énergétique et la forte performance du secteur aéronautique et spatial.

L’excédent du secteur aéronautique et spatial atteint un record en 2025 (+32,6 Md€), sous l’effet conjugué de la reprise des déplacements internationaux, qui ont désormais dépassé leur niveau pré-covid, stimulant fortement la demande en avions, ainsi que les difficultés rencontrées par Boeing sur certains de ses appareils, qui ont fragilisé sa position sur le marché. Dans ce contexte, Airbus a livré 800 avions en 2025 et dispose d’un carnet de commandes de 8 700 appareils à produire dans les années à venir. La France conserve ainsi sa deuxième place mondiale d’exportateur de produits aéronautiques, derrière les États-Unis.

Parallèlement, la facture énergétique a chuté de près de 20% en un an. Celle-ci est induite par une baisse des prix à l’importation de l’énergie, notamment du pétrole et des hydrocarbures naturels, suivant la baisse des cours mondiaux observée en 2025. En effet, l’inflation énergétique en 2022 avait contribué au déficit record cette année-là.

Pourtant, derrière ces chiffres encourageants pour le commerce extérieur français, des faiblesses structurelles demeurent. Dans la chimie, la dégradation s’explique par une baisse des exportations, notamment des produits chimiques de base. Pour les produits pharmaceutiques, elle résulte d’une hausse plus rapide des importations que des exportations depuis une dizaine d’années. Cette progression des importations est notamment liée aux approvisionnements en provenance d’Irlande, où de nombreuses filiales américaines se sont implantées afin de bénéficier du marché commun européen.

Les difficultés du commerce extérieur français se manifestent également dans l’agriculture et l’agroalimentaire, pourtant secteur clé des exportations françaises depuis les années 1970. La détérioration du solde des produits agricoles s’explique par la hausse plus forte des importations (+8,9%) que des exportations (+4,0%). La baisse des prix mondiaux des céréales en 2025 a rendu les produits français moins compétitifs, contribuant à accroître les importations en provenance du Canada.

La situation varie aussi selon les régions du monde. Le déficit commercial de la France avec ses partenaires de l’UE, principale zone d’échange pour le pays, s’améliore de 11,6 Md€ en 2025 mais reste négatif à -23,4 Md€. Le solde s’améliore également avec le Moyen-Orient, mais se dégrade fortement avec la Chine, avec qui le déficit se creuse à 46 milliards d’euros. En effet, l’accroissement des tensions commerciales internationales pousse les exportateurs chinois, confrontés à des barrières sur le marché américain, à chercher de nouveaux débouchés en Europe, accentuant la pression concurrentielle sur les producteurs français.

Les échanges de biens avec les États-Unis demeurent stables en 2025, malgré les incertitudes et la hausse des droits de douane pour certains produits français entrant aux États-Unis. Toutefois, cette stabilité cache des réalités différentes selon les secteurs : si les exportations aéronautiques vers les États-Unis progressent, les ventes de boissons et de cosmétiques y chutent respectivement de 20% et 19%, notamment en raison de l’incertitude liée aux menaces de droits de douane formulées par Donald Trump. Ainsi, selon une étude des Échos, sans la performance du secteur aéronautique, qui représente 23 % des exportations françaises vers les É-U, celles-ci auraient diminué de 5 % en 2025.

La réduction du déficit commercial en 2025 repose ainsi principalement sur des facteurs conjoncturels, liés à la baisse des prix de l’énergie et aux performances de quelques secteurs clés. Pour pérenniser cette amélioration, la France devra diversifier ses exportations et renforcer la compétitivité de son appareil productif.

Enfin, l’excédent des services de 55 milliards d’euros reste un atout majeur pour la France. Il est porté principalement par le dynamisme du transport maritime, notamment grâce à l’armateur CMA CGM, par l’arrivée de 100 millions de touristes étrangers en 2025, ainsi que par les exportations de services financiers. Toutefois, cet excédent ne suffit pas à compenser entièrement les faiblesses du commerce de biens.

Début janvier 2026, l’amélioration du solde commercial se poursuivait. Toutefois, les perspectives du commerce extérieur pour 2026 demeurent fragiles, notamment en raison des tensions liées à la guerre en Iran. 

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