LA REVUE DEMOS

Quel a été l’impact économique des JO de Paris pour la France ?

La Cour des comptes a rendu, le 29 septembre dernier, son rapport final sur l’impact économique des Jeux olympiques de Paris, qui se sont déroulés durant l’été 2024. Cet événement était attendu pour stimuler l’économie du pays, lui permettant, tant à court terme qu’à long terme, de produire des effets positifs majeurs. Mais la Cour évoque dans son rapport un impact « modeste à ce stade ».

Le coût total des Jeux olympiques pour les finances publiques s’élève à 6,65 milliards d’euros, soit 700 millions de plus que ce qu’indiquait le rapport de la Cour des comptes rendu en juin dernier. Cette hausse s’explique par l’intégration des dépenses des collectivités hôtes liées à l’organisation locale de l’événement, ainsi que par les investissements réalisés pour permettre la baignade dans la Seine (330,9 millions d’euros). Le coût total se divise en deux postes de dépenses majeures : l’organisation (3 milliards d’euros) et les infrastructures (3,6 milliards d’euros). Le président de la Cour des comptes, Pierre Moscovici, se félicite d’un événement deux fois moins cher que les Jeux olympiques de Londres en 2012, qui avaient coûté aux finances britanniques plus de 14 milliards d’euros.

Les dépenses sécuritaires ont été primordiales durant ces Jeux, qui ont donné lieu à « un défi inédit pour les forces de sécurité intérieure et les forces armées ». Toutefois, elles ont été mal estimées en amont, passant de 200 millions d’euros à 1,44 milliard d’euros. Les Sages de la Cour des comptes ont estimé que cette évaluation avait été tardive et incomplète, donnant lieu à une très large sous-estimation.

La Cour des comptes constate que les Jeux olympiques n’ont eu que peu de conséquences sur la croissance annuelle de 2024 : sur une croissance totale de 1,2 %, ils n’ont contribué qu’à hauteur de 0,07 point, correspondant à 1,9 milliard d’euros. En 2023, la croissance du PIB était de 0,9 %, ce qui illustre le faible impact de l’événement. Deux études de l’INSEE et d’Allianz Trade tablaient pourtant sur une croissance comprise entre 0,3 et 0,4 point, soit environ 10 milliards d’euros selon l’étude d’Allianz Trade. Cette déception s’explique notamment par l’augmentation massive des dépenses. Le coût initial des Jeux avait été fixé à 1,5 milliard d’euros dans le projet de loi de finances, fin 2017.

Les recettes publiques fiscales et commerciales générées pour l’État s’élèvent à 293,6 millions d’euros. Toutefois, la Direction générale des finances publiques nuance ce résultat en soulignant que les Jeux olympiques « ne semblent pas avoir particulièrement stimulé les recettes de TVA, pas même pendant la période restreinte des Jeux ». Ces revenus ont été fortement affectés par le taux de TVA réduit à 5,5 % appliqué à la billetterie, ainsi que par le régime fiscal dérogatoire accordé au comité d’organisation, au chronométreur officiel des Jeux et au Comité international olympique (CIO). Ces exonérations fiscales ont entraîné un manque à gagner de 193,3 millions et de 57 millions d’euros respectivement.

À l’image de l’impact fiscal, l’impact touristique apparaît modéré, malgré 15 millions de visiteurs et plus de 10 millions de billets vendus. Les Jeux ont en effet entraîné un effet d’éviction : les touristes étrangers ont été moins nombreux en dehors des spectateurs des épreuves sportives. L’INSEE a évalué cet effet, notant une baisse de 0,1 point de PIB. L’organisation des Jeux olympiques dans un pays comme la France, dont le tourisme constitue déjà une source majeure de revenus, n’a donc pas eu d’impact significatif sur son évolution, bien que la qualité de l’organisation puisse, à moyen terme, renforcer son rayonnement.

Le Comité d’organisation des Jeux olympiques et paralympiques (COJOP) se félicite, de son côté, d’un excédent de 75,7 millions d’euros, rendu possible grâce aux contrats conclus avec les fournisseurs, à de bons résultats en matière de placements financiers, aux ventes de produits sous licence et aux dernières recettes de billetterie. Ce bénéfice sera reversé au sport français, dont les subventions ont été réduites de 75 %. Il permettra également le maintien de la vasque olympique durant trois étés supplémentaires, pour un coût de 5 millions d’euros. Cette présence vise à renforcer l’offre touristique de la capitale et à générer des retombées économiques à moyen terme.

Cependant, le rapport de la rue de Cambon ne fait pas l’unanimité, notamment auprès du COJOP. Tony Estanguet affirme que « les montants affichés dans le projet de rapport au Parlement sont tout à fait disproportionnés par rapport à la réalité du coût des Jeux à Paris ». Il reproche notamment à la Cour d’avoir intégré des dépenses qui ne sont pas directement liées à l’organisation des Jeux olympiques. Le Comité critique en particulier la prise en compte des investissements du Grand Paris, destinés à mieux relier la banlieue à Paris grâce à de nouvelles lignes de métro. Si ces infrastructures ont effectivement servi aux touristes en facilitant leurs déplacements, elles auront surtout une utilité durable, bien au-delà des Jeux, ce que la Cour n’aurait pas pris en compte dans son évaluation de l’impact du projet. Selon le COJOP, le coût ne dépasserait pas 2,5 milliards d’euros si seuls les coûts strictement liés à l’organisation étaient retenus.

Le Parlement a, de son côté, rendu son propre rapport sous la direction du député Benjamin Dirx, qui évalue le coût des Jeux à 3,67 milliards d’euros. Ce rapport ne repose pas sur les mêmes éléments que celui de la Cour des comptes, puisqu’il exclut les coûts supportés par les collectivités territoriales ainsi que ceux des opérateurs publics tels que la SNCF ou la RATP. Il met en avant l’héritage laissé par les infrastructures et les projets lancés à l’occasion de l’événement, considérant que 1,5 milliard d’euros doivent être qualifiés de dépenses d’héritage.

Pierre Moscovici souligne néanmoins « l’incontestable réussite des Jeux », qui n’auraient pas engendré « de dérive budgétaire dans son ensemble ». Il ajoute que cette réussite « témoigne du savoir-faire français en matière d’organisation de grands événements sportifs », saluant notamment la qualité des transports, de la sécurité et de la livraison des infrastructures.

L’impact des Jeux olympiques fait donc débat selon les rapports, en particulier concernant leur coût réel, qui, quelle que soit l’estimation retenue, n’apparaît pas excessif. Les retombées économiques à court terme semblent limitées, mais elles ne sauraient occulter le succès largement reconnu de ces Jeux, dont l’impact sera de nouveau évalué par la Cour des comptes en juin prochain.

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