LA REVUE DEMOS

Comment la Chine cherche-t-elle à se positionner dans l’action mondiale pour le climat?

Réduire les émissions de gaz à effet de serre de 7 à 10 % d’ici 2035 : c’est l’engagement annoncé par Xi Jinping lors du sommet climat de l’ONU le 24 septembre 2025. Un objectif inédit par son échéance courte et chiffrée, alors qu’un tiers des émissions mondiales en 2024 étaient chinoises. Le concept de civilisation écologique, introduit en 2007 par Hu Jintao et devenu principe constitutionnel sous Xi Jinping en 2018, propose une alternative à la vision occidentale du développement durable. Il constitue un levier de puissance majeur pour le Parti communiste chinois (PCC).

Sur la scène internationale, la Chine exerce une influence déterminante sur les industries stratégiques : technologies vertes, batteries, intelligence artificielle. Elle contrôle plus de 60 % de la production mondiale de terres rares, en rafine près de 90 % et maîtrise une grande partie des chaînes d’approvisionnement. Grâce aux nouvelles routes de la soie (BRI), elle exporte massivement ses voitures électriques, panneaux solaires et éoliennes. Depuis 2013, 256 milliards de dollars ont été investis dans les infrastructures et énergies vertes des pays partenaires. 

Cette position renforce son poids économique et diplomatique, alors que la demande en terres rares croît et que la guerre commerciale incite les pays à négocier selon leurs rapports de force. Pékin a su développer une sécurité énergétique à la fois quantitative et qualitative pour soutenir son modèle ultra-consommateur. Le pays investit dans la recherche sur l’hydrogène, les « smart-grids » ou le nucléaire de nouvelle génération, influençant les pays du Sud et concurrencçant l’Occident.

La Chine cherche aussi à étendre son soft power. Premier pollueur mondial, elle contrebalance cette image en jouant un rôle actif au sein du GIEC et lors des COP, notamment dans le cadre des accords de Paris. Le 24 septembre, Xi Jinping a plaidé pour la transition verte et le multilatéralisme : « Bien que certains pays agissent contre elle, la communauté internationale doit maintenir le cap », résumant la vision du PCC face à des États comme l’Argentine et les États-Unis, où le climatoscepticisme et l’unilatéralisme resurgissent.

L’ambition chinoise de se présenter en champion du climat marque un revirement apparu dans les années 2000, après une industrialisation et une modernisation fulgurantes initiées par Deng Xiaoping, aux conséquences environnementales désastreuses. Les « villages-cancer », où des industries décimaient des villages entiers par la pollution de l’eau, de l’air et du sol, ont alimenté la contestation populaire. Le « green power » chinois s’est imposé en réponse à ces défis intérieurs, permettant au PCC de légitimer son action, d’apaiser les tensions sociales et de renforcer sa résilience.

Face à la désertification qui s’étend de la Mongolie intérieure au Xinjiang, Pékin déploie le « Great Green Wall », un projet de forêt artificielle visant à revégétaliser 90 millions d’hectares, créer des milliers d’emplois et lutter contre les tempêtes de sable de plus en plus fréquentes. Lancé en 1978, ce projet, encore inachevé, est déjà critiqué. Les arbres plantés en monoculture, vulnérables aux maladies, nécessitent d’énormes quantités d’eau, ce qui aggrave parfois l’érosion des sols. Les populations nomades locales subissent cette modification de leur habitat, et une forêt artificielle a une valeur écologique bien moindre qu’une forêt vierge.

En matière de transport vert, le réseau ferroviaire chinois figure parmi ses réalisations majeures. Six fois plus long que le réseau français, il devrait atteindre 180 000 km en 2030 et possède déjà le plus long réseau à grande vitesse au monde (48 000 km). Sur le plan de la santé publique, le Premier ministre chinois annonçait en 2014 une « guerre à la pollution », ciblant notamment le smog, une pollution de l’air causée par l’activité humaine et aggravée par des épisodes météorologiques comme les tempêtes de sable. En 2010, ce phénomène exposait 700 millions d’habitants des métropoles chinoises et contribuait à près de 1,2 million de morts prématurées. Malgré des progrès législatifs et des investissements, la concentration de particules fines dépassait encore en moyenne six fois les recommandations de l’OMS en 2025.

Pour réduire sa dépendance énergétique, Pékin mise sur son industrie. En dix ans, ses investissements dans les énergies renouvelables ont doublé, atteignant 625 milliards de dollars en 2024. La Chine produit 70 % des véhicules électriques mondiaux et a massifié sa production de panneaux solaires, faisant baisser les coûts de fabrication de 80 %. Pourtant, malgré l’annonce d’une neutralité carbone pour 2060 et d’un pic charbon avant 2030, 93 % des centrales fossiles ouvertes en 2024 étaient chinoises, et le charbon représentait encore 60 % de son mix énergétique.d’autant que les catastrophes naturelles (inondations, sécheresses, fonte des glaciers) s’aggravent.

La rhétorique écologique du PCC conserve ses incohérences. La politiste Andrée Clément qualifie la croissance chinoise de « dystopie environnementale et sanitaire ». Ce modèle ultra-dirigiste repose sur un État centralisé contrôlant toutes les décisions socio-économiques, via les politiques publiques ou le secteur privé. Profitant de l’augmentation du niveau de vie et de son industrie, Pékin a déployé un système de surveillance de masse à visée sécuritaire et répressive, notamment via WeChat ou l’identité numérique. La Chine abrite aujourd’hui 70 % des caméras de surveillance mondiales. Ce modèle maintient un productivisme exacerbé, visible dans son extractivisme, son industrie agricole ou maritime. Selon l’ONG britannique EJF, la Chine « se livre à des pratiques systématiques de pêche illégale et de violation des droits de l’homme », notamment dans des régions comme la Somalie, où la pêche vivrière reste cruciale et où les États contrôlent mal leurs eaux territoriales.

Derrière sa promesse de civilisation écologique, la Chine invente un modèle autoritaire où l’écologie sert de narration. Le PCC transforme ainsi les dangers de son époque en moteur de sa quête de puissance et de contrôle.

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