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Comment l’UE peut-elle mettre en place le Global Gateway dans un contexte multiconcurrentiel ? 

La Commission européenne dispose de la stratégie Global Gateway pour redéfinir le rôle de l’Union dans un monde marqué par la rivalité croissante entre grandes puissances. Lancée en 2021, au moment où la pandémie perturbait gravement les chaînes d’approvisionnement mondiales, cette initiative traduit la volonté de l’UE de construire des partenariats économiques solides, fondés sur des intérêts communs et des standards élevés. Bruxelles prévoit de mobiliser jusqu’à 300 milliards d’euros d’investissements publics et privés d’ici 2027, dont une large part destinée à l’Afrique subsaharienne et à la région MENA.

Sous la présidence d’Ursula von der Leyen, l’UE entend stimuler la croissance économique et soutenir des projets durables dans les secteurs du numérique, de l’énergie et des transports, tout en renforçant les systèmes de santé, d’éducation et de recherche. Dès décembre 2021, la présidente soulignait que Global Gateway devait constituer « l’alternative européenne » à la nouvelle route de la soie chinoise, tout en répondant aux défis liés à la pandémie et à la crise énergétique provoquée par la guerre en Ukraine.

Global Gateway dépasse le simple cadre des infrastructures. Il s’agit d’une stratégie géo-économique adaptée à un monde multipolaire. La Chine impose sa présence via la Belt and Road Initiative (BRI), tandis que la Russie attire certains régimes par des accords militaires et sécuritaires : en novembre 2024, elle a signé un pacte techno-militaire avec 33 pays africains. Parallèlement, la Turquie et les pays du Golfe étendent leur influence de l’Asie centrale à l’Afrique. Les activités diplomatiques et économiques turques, ainsi que l’expansion d’entreprises de sécurité privées, témoignent de ce rôle croissant. Concrètement, les échanges commerciaux entre la Turquie et le Mali ont progressé de manière spectaculaire : ils sont passés de 5 millions de dollars en 2003 à 165 millions de dollars en 2022, soit une hausse de plus de 30 %.

Face à ces acteurs, l’UE cherche à combiner influence et cohérence, tout en préservant un modèle basé sur les règles, la transparence et la durabilité. Le Centre for European Policy (CEP) rappelle toutefois que Global Gateway doit avant tout favoriser la croissance des pays partenaires, en modernisant leurs économies et en créant de la valeur locale, plutôt que de se limiter à la construction d’infrastructures.

Les obstacles restent néanmoins importants. Financièrement, l’UE peine à rivaliser avec la puissance chinoise : en 2024, Pékin a signé pour 70,7 milliards de dollars de contrats de construction et prévoit d’injecter 50 milliards supplémentaires dans les pays BRI. Géopolitiquement, la guerre en Ukraine et la crise énergétique détournent des ressources essentielles. Historiquement, le passé colonial européen complique parfois la coopération avec certains pays du Sud. Pour pallier ces difficultés, Bruxelles mise sur la transparence et la codécision : les pays partenaires participent à la définition des projets, adaptent leur cadre réglementaire et bénéficient d’une assistance technique pour moderniser leurs institutions.

La stratégie européenne insiste donc sur un principe central : créer des partenariats durables plutôt que des dépendances. Inspirée par l’Agenda 2030 de l’ONU et l’Accord de Paris, l’UE veut promouvoir une connectivité respectueuse de l’environnement et de la souveraineté des partenaires. Là où Pékin privilégie la rapidité et la centralisation, Bruxelles met en avant la durabilité sociale et environnementale, l’inclusion du secteur privé local et la transparence des marchés publics.

En octobre 2025, la deuxième édition du Global Gateway Forum a réuni à Bruxelles dirigeants politiques, institutions financières et acteurs privés. Trois nouveaux accords de garantie ont été signés entre l’UE et EDFI pour mobiliser plusieurs milliards d’euros d’investissements privés, illustrant la volonté de l’Union de transformer Global Gateway en une véritable marque diplomatique.

L’Union européenne change ainsi de registre : elle abandonne le discours moraliste de l’aide au développement pour adopter un pragmatisme géo-économique. Les projets sont désormais présentés comme des investissements stratégiques générant des bénéfices partagés, des opportunités industrielles et des chaînes de valeur intégrées, répondant aussi au scepticisme croissant de l’opinion publique européenne vis-à-vis de l’aide extérieure.

À long terme, le CEP estime que le succès de Global Gateway dépendra de son alignement avec le Green Deal européen et la transformation industrielle du continent. Les infrastructures financées devront diversifier les chaînes d’approvisionnement, notamment dans les technologies décarbonées. C’est cette approche, combinant attractivité économique et respect des principes européens, qui permettra à l’UE de peser face à ses concurrents mondiaux.

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