LA REVUE DEMOS

Dans quelle mesure la crise du riz au Japon révèle-t-elle les vulnérabilités structurelles de sa sécurité alimentaire 

Depuis 2024, le Japon traverse une crise aiguë du riz, son aliment de base. Les prix ont flambé de 150 % en un an, passant de près de 20 000 à 50 000 yens pour un sac de 60 kg, soit de 6 Euro le kg contre 2 auparavant.La récolte de 2023, consommée l’an dernier, a été pénalisée par des chaleurs record. La demande, quant à elle, a été gonflée par plusieurs facteurs : des achats paniques après un avertissement au mégaséisme, le renchérissement des aliments importés et un tourisme record. Le 20 mai 2025, le ministre de l’Agriculture a démissionné après avoir admis une mauvaise gestion des stocks publics. Les importations d’urgence ont été lancées, mais la dépendance accrue au riz vietnamien et thaïlandais révèle les limites d’un modèle agricole jugé trop protectionniste par plusieurs experts.

Le choc de 2024-2025 autour du riz agit comme un révélateur brutal d’une faille systémique dans l’architecture alimentaire japonaise. Depuis la Seconde Guerre mondiale, le Japon a bâti une politique rizicole fondée sur l’autosuffisance encadrée, avec quotas, subventions et contrôle strict des surfaces cultivées. Cependant, cette politique a produit l’effet inverse de ses intentions : le nombre d’agriculteurs a chuté de plus de 70 % depuis les années 1960 et la production de riz est passée de 14 millions de tonnes dans les années 1960 à moins de 7,9 millions aujourd’hui. Cette crise est exacerbée par la néolibéralisation des politiques agricoles depuis les années 1980, qui a favorisé l’entrée des multinationales au détriment des exploitations familiales, affaiblissant davantage le secteur.

Depuis des décennies, le gouvernement pilote, main dans la main avec les lobbys agricoles, une politique de réduction des surfaces rizicoles. L’objectif : ajuster l’offre à une consommation intérieure en déclin constant, conséquence directe d’une démographie en chute libre ; près de 800 000 habitants de moins chaque année. Le pays a donc préféré subventionner massivement la baisse de la production nationale de riz et la mise en jachère des cultures, plutôt que de miser sur l’exportation de ses surplus. Une manière d’assurer des revenus stables et élevés à une population agricole vieillissante, mais surtout de préserver un électorat stratégique pour les législatives. C’est là un secret de Polichinelle dans les cercles politiques nippons : le riz n’est pas qu’un produit alimentaire, il est aussi un outil électoral.

Mais cette politique révèle ses limites face aux chocs. La réduction des stocks publics pour alléger les charges de l’État a affaibli la réactivité nationale. En 2024, des pluies exceptionnelles, couplées à un rebond de la demande touristique, pourtant marginale à 0,5%, ont suffi à déséquilibrer l’offre. Les chaînes de supermarchés ont aggravé la crise en vendant le riz à prix cassé pendant des années, installant une norme artificiellement basse. Cette distorsion a fragilisé les producteurs, dont beaucoup, incapables de couvrir leurs coûts, ont quitté le secteur.

Vous aimez lire nos décryptages ?

Soutenez-nous ! Parce que nous sommes un média :

Nos dernières Synthèses

De quelles manières l’État australien reconstruit-il son influence régionale à travers la question climatique ? 

Du 9 au 20 novembre 2026 aura lieu la « COP31 », ou conférence d’Antalya sur les changements climatiques. Ce sera l’occasion pour les 197 États parties à la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC) de se réunir une nouvelle fois pour discuter et adopter les mesures jugées nécessaires pour tendre vers les objectifs fixés par les conventions internationales précédemment adoptées en la matière. Si cet événement s’inscrit dans la droite lignée des 30 Conférences des Parties...

La révolte des « cafards » en Inde : de la fuite des cerveaux à la contestation interne ? 

25 juillet 2025, New Delhi. Après sept semaines de manifestations, le ministre indien de l’Éducation, Dharmendra Pradhan, a annoncé sa démission dans la journée. Alors que le Premier ministre Narendra Modi assiste à la pire crise politique du pays depuis sa réélection en 2024, les membres du Parti des cafards savourent leur première victoire. Né sur les réseaux sociaux en mai 2026 et d’origine satirique, ce nouveau parti a rapidement rassemblé la génération Z. S’adressant en priorité aux jeunes diplômés,...

La rencontre Trump-Zelensky du 28 juillet annonce-t-elle un repositionnement stratégique des États-Unis en Ukraine ?

Le 28 juillet 2026, Volodymyr Zelensky, président de l’Ukraine, retrouve Donald Trump à la Maison-Blanche pour un entretien très attendu d’une heure, dans le Bureau ovale. Plus de quatre ans après le début de l’invasion russe de février 2022, et après une relation bilatérale longtemps marquée par la défiance, la rencontre a été qualifiée de « positive et productive » par la porte-parole de la Maison-Blanche. En février 2025, à peine un mois après son investiture, Donald Trump recevait déjà...

Comment les drones marins révolutionnent-ils la surveillance de la biodiversité dans les régions polaires ?

Dans les régions polaires, la révolution des drones marins ne tient pas seulement à l’absence d’équipage. Leur avantage est politique autant que scientifique : ils restent en mer durant des semaines, atteignent des zones dangereuses et répètent les mesures pour un coût logistique et environnemental inférieur à celui d’un navire. Échosondeurs, caméras, hydrophones et capteurs produisent ainsi des données plus continues sur les espèces et leur habitat. Mieux observer permet de fixer des quotas, de fermer une pêcherie, de délimiter...

Comment la gentrification à Mexico redéfinit-elle les enjeux migratoires du pays?

En 2024, la ville de Mexico a été classée par The Economist comme la 16e ville la plus chère au monde, devant des villes tout autant populaires et attirantes comme Milan et Washington D.C. Si cette hausse des prix pourrait signifier pour certains une redynamisation de la ville et une hausse de la qualité de vie, pour la classe moyenne mexicaine, cela implique de se confronter au déplacement et à la transformation de l’identité urbaine de Mexico. À partir de...

Dans quelle mesure la Syrie peut-elle devenir un acteur clé de la reconfiguration des routes énergétiques ? 

Le blocus du détroit d’Ormuz par l’Iran, déclenché en mars 2026 dans le sillage de l’escalade militaire avec les États-Unis, a brusquement privé les marchés mondiaux d’une artère où transitent habituellement 20 millions de barils par jour. Face à ce goulot d’étranglement naval et aux menaces houthistes persistantes en mer Rouge, Bagdad, Washington et plusieurs chancelleries européennes réorientent en urgence la cartographie énergétique régionale. Au centre de ce redéploiement logistique se trouve la Syrie. Depuis la chute du régime de...

Malgré l’ACEUM et l’accord de Turnberry, pourquoi Trump impose-t-il de nouveaux droits de douane au Canada et à l’UE ?

Voici ton texte corrigé, avec uniquement les fautes d’orthographe et de grammaire rectifiées, sans modification du sens ni ajout d’informations : Le 20 juillet 2026, Donald Trump a signé un décret imposant 50 % de droits de douane supplémentaires sur une série de produits canadiens, du vin au ciment en passant par les crosses de hockey, applicables dès le 19 août prochain. Quatre jours plus tard, le 24 juillet, entrait en vigueur un droit additionnel plafonnant à 10 % la...

L’Europe est-elle prête à affronter un monde d’extrême chaleurs ?

Alors que les flammes ont ravagé les forêts de Fontainebleau et de Gironde cet été, et après que l’Europe a connu les mois de juin et de juillet les plus chauds jamais enregistrés (article écrit le 6 août 2026), la question de sa préparation face aux vagues de chaleur extrême se pose de manière urgente. Sur tout le continent, les coûts humains et environnementaux liés à ces épisodes caniculaires se font sentir. En Espagne, douze personnes sont décédées en juillet...

Que reste-t-il de la “politique arabe” de la France ?

La « politique arabe » de la France désigne la part de sa politique étrangère orientée vers le monde arabe, compris comme un tout, du Maroc à la frontière irako-iranienne. Elle se caractérise par une volonté de nouer des relations de confiance particulièrement étroites, qui différencieraient la France des autres pays. Son point de départ se situe en 1967, lorsque le général de Gaulle, à rebours des autres pays occidentaux, condamne l’occupation des territoires palestiniens par les troupes israéliennes à...

Dans quelle mesure le cadre juridique international redessine-t-il les rapports de force géopolitiques autour de la reconstruction syrienne ?

Depuis la chute de Bachar el-Assad le 8 décembre 2024, la reconstruction syrienne est devenue un chantier où chaque levée de sanction ouvre un marché : Washington, l’ONU et l’UE démantèlent en parallèle, mais à des rythmes différents, l’architecture de sanctions bâtie depuis les années 2000. Côté américain, Washington abroge le 10 octobre 2025 le Caesar Act — en vigueur depuis 2020 — porté par le représentant Wilson avec l’appui de l’émissaire Thomas Barrack ; Rubio avait déjà révoqué en...