Du 9 au 20 novembre 2026 aura lieu la « COP31 », ou conférence d’Antalya sur les changements climatiques. Ce sera l’occasion pour les 197 États parties à la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC) de se réunir une nouvelle fois pour discuter et adopter les mesures jugées nécessaires pour tendre vers les objectifs fixés par les conventions internationales précédemment adoptées en la matière.
Si cet événement s’inscrit dans la droite lignée des 30 Conférences des Parties s’étant tenues depuis 1995, il présentera une configuration inédite. En effet, après d’âpres négociations, la Turquie et l’Australie sont parvenues à un compromis en novembre 2025, admettant un partage des responsabilités dans l’organisation de l’événement : la conférence aura lieu sur le sol turc, mais Canberra se verra chargée de sa gouvernance. Ainsi, il reviendra à Chris Bowen, ministre australien du Changement climatique et de l’Énergie, de présider les négociations officielles.
Il faut comprendre ce choix de l’État australien comme le résultat de mouvements convergents ayant contribué à faire de la question climatique un véritable instrument de puissance et d’influence régionale, puis mondiale, pour Canberra.
En effet, la question climatique était largement absente des priorités de l’État australien sous les gouvernements conservateurs ayant marqué la décennie précédente, donnant à l’État australien l’image du mauvais élève en la matière. C’est avec l’élection du travailliste Anthony Albanese en tant que Premier ministre en 2022 qu’une nouvelle dynamique a été initiée, ce dernier présentant dès août 2022 le Climate Change Bill, projet de loi fixant des objectifs ambitieux en matière de réduction des émissions de CO2.
Ce tournant électoral a ainsi convergé avec un vaste mouvement de recomposition géopolitique dans le Pacifique, affectant fortement les États d’Océanie. C’est, d’une part, la Chine qui, au cours de la dernière décennie, s’est efforcée d’accroître son influence économique, diplomatique et sécuritaire dans le Pacifique Sud, tant par des accords bilatéraux de coopération que par le financement d’infrastructures dans certains pays.
D’autre part, face à cette montée de l’influence chinoise, il a fallu pour Canberra réaffirmer son autorité régionale en s’appuyant sur les États insulaires voisins, États qui subissent de plein fouet le changement climatique. Déjà dans un article de 2024, la NASA alertait sur le risque d’une élévation rapide du niveau de la mer sur les 30 prochaines années pour des pays tels que Tuvalu, Kiribati ou les Fidji. La préservation des écosystèmes et des moyens de subsistance constitue un enjeu majeur pour ces États directement exposés aux conséquences du réchauffement marin.
La redéfinition de la politique climatique australienne apparaissait ainsi nécessaire pour Canberra, et elle s’est traduite par plusieurs initiatives.
Un premier moment clé fut observé en novembre 2023. La signature de l’Union Falepili, traité bilatéral entre l’Australie et Tuvalu prenant acte du risque d’une submersion à terme totale du territoire tuvalien, marqua un important précédent à l’échelle mondiale. En contrepartie du dispositif d’asile proposé par l’Australie, Tuvalu a dû lui céder une partie de sa souveraineté : Canberra possède désormais un droit de veto sur les relations en matière de défense et de sécurité que l’État voudrait développer, limitant ainsi ce dernier dans son cœur régalien. On comprend à travers ce précédent climatique tout l’instrument qu’il représente pour l’État australien face à la montée de l’influence chinoise dans la région.
En dehors des traités, les financements australiens accordés aux États du Pacifique Sud se sont considérablement développés ces dernières années. Ces financements passent principalement par l’Australia Infrastructure Financing Facility for the Pacific (AIFFP), organe gouvernemental dont le budget annuel s’élève à plusieurs milliards de dollars et contribuant à la mise en place d’infrastructures de qualité et résilientes au climat.
Néanmoins, les mécanismes existants étant jugés trop lourds et sectoriels, les États du Pacifique Sud ont décidé d’aller plus loin en créant le Pacific Resilience Facility (PRF), fonds régional de financement de la résilience climatique détenu et piloté par eux. Signé en septembre 2025 et officiellement entré en vigueur en mai 2026, son traité créateur insistait fortement sur la gestion par les États du Pacifique de leur propre résilience. Sur un plan géopolitique, le principal apport du fonds est qu’étant donné qu’il fonctionne par des dons, il permet aux États parties d’échapper au « piège de la dette » associé à certains investissements chinois. Canberra s’est ainsi empressé de l’investir, représentant en août 2025 près de 47 % du total des financements.
Toutefois, le gouvernement australien rencontre aujourd’hui une difficulté en ce que, malgré ses efforts, l’Australie demeure l’un des principaux exportateurs mondiaux de charbon et de gaz naturels liquéfiés, ce qui peut mettre en cause sa crédibilité vis-à-vis des États insulaires malgré les engagements contractés.
C’est donc dans cette perspective d’influence régionale qu’il faut aussi voir l’engagement climatique australien, engagement demeurant terni par une dépendance persistante aux énergies fossiles.
