LA REVUE DEMOS

En quoi les élections au Laos sont-elles le reflet du contrôle autoritaire exercé par le parti ? 

Les élections législatives se déroulent comme un scrutin classique : bureaux de vote répartis sur tout le territoire, urnes et listes électorales. Le scrutin est majoritaire plurinominal provincial, ce qui signifie que la liste majoritaire remporte tous les sièges de la province où elle a été élue. Ce processus, en apparence démocratique, est encadré par des règles limitant le pluralisme politique. Les candidats au Parlement de la République démocratique populaire lao sont présélectionnés par le Parti révolutionnaire populaire communiste, au pouvoir depuis la fin de la guerre civile.

Mme Vetsaphong, reconnue pour son franc-parler, fait partie des six membres non communistes autorisés à siéger à la Sapha Heng Xat, l’organe législatif monocaméral laotien. Respectée pour son combat contre la criminalité financière, elle s’était opposée à la vente de la compagnie aérienne nationale à la Chine, montrant qu’elle était l’une des rares voix à s’opposer aux projets d’un gouvernement corrompu. La députée, qui défendait une révision complète du secteur financier pour faire face à la crise monétaire consécutive à la pandémie de COVID-19, était populaire auprès de la jeune génération. Elle incarnait une voix indépendante, anticorruption et proche des préoccupations des jeunes, dénonçant la hausse du prix de l’électricité et la mauvaise gestion économique du pays. Ses prises de position ont trouvé un écho fort auprès de la « gen Z » dans d’autres pays de la région (Népal, Indonésie, Philippines), laissant craindre des soulèvements similaires.

À la publication officielle des candidats le 25 janvier 2026 par la Commission électorale nationale, Mme Vetsaphong a annoncé son retrait. Ce désistement a provoqué une vague de dissidence sur les réseaux sociaux. Certains ont exprimé leur soutien, d’autres leur mécontentement face à son départ. Ces manifestations sont rares dans un État où les protestations sont rapidement réprimées et où les dissidents sont souvent emprisonnés, gravement blessés, voire disparaissent.

La disparition forcée d’opposants politiques est une stratégie pour instaurer la terreur dans la société, une pratique du Parti révolutionnaire populaire lao depuis son arrivée au pouvoir en 1975. Elle permet d’organiser des élections sans risque pour l’ordre établi. La répression des opposants et le contrôle strict des candidats assurent une victoire sans surprise du Parti révolutionnaire populaire lao. L’exemple le plus marquant de ce contrôle autoritaire reste la disparition, en décembre 2012, de Sombath Somphone, figure majeure de la société civile laotienne, militant et défenseur des droits de l’homme. Bien que son enlèvement par des individus non identifiés, après son arrestation par des policiers, ait été filmé, les appels de Shui-Meng Ng, son épouse, restent ignorés par le gouvernement depuis quatorze ans.

En 2023, l’activiste Anousa Luangsuphom, connu sous le nom de « Jack », avait échappé à une tentative d’assassinat par balle dans un café de Vientiane. L’enquête n’a abouti à aucune arrestation, malgré la présence de caméras de surveillance. Jack vit désormais caché à l’étranger. La même année, Joseph Akaravong, un militant réfugié politique en France, a survécu à une attaque à l’arme blanche dans les rues de Pau.

L’issue a été différente pour deux dissidents membres de l’Alliance pour la démocratie au Laos, un groupe prodémocratique qualifié de subversif par le gouvernement. D’abord portés disparus, ils ont été retrouvés morts à côté de leur scooter en 2023 et 2024.

Chaque année, la répression des dissidents politiques suit le même schéma. Le 20 février 2026, « Bao Mor Khaen », surnommé « le Musicien », dont le frère avait signalé sa disparition trois jours plus tôt, a été retrouvé mort à côté de son scooter. De son vrai nom, Sisay Luangmonda, M. Khaen critiquait ouvertement la corruption laotienne. Il s’était fait connaître grâce à des vidéos où il dénonçait violemment la corruption systémique du pays. La Fondation Manushya a jugé sa mort hautement suspecte. M. Khaen n’avait pas répondu à une convocation des autorités l’invitant à une « formation juridique », un euphémisme pour désigner un séminaire d’endoctrinement, en 2025. Il avait déjà signalé publiquement des menaces de mort et s’était vu refuser, début janvier, l’entrée en Thaïlande sans explication.

Bien que la République démocratique populaire lao ait signé en 2008 la Convention internationale pour la protection de toutes les personnes contre les disparitions forcées, elle ne l’a jamais ratifiée. Le Comité des disparitions forcées, un organisme d’experts indépendant sous l’égide des Nations unies, qui aide les États parties à retrouver les personnes disparues et à prévenir ces disparitions, ne peut donc intervenir sur le territoire. Lors de sa visite au pays du million d’éléphants en 2024, le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme avait demandé au gouvernement d’enquêter sur les disparitions forcées, notamment celle de Sombath Somphone, et de ratifier la Convention.

En 2021, le parti unique avait remporté 158 des 164 sièges de l’assemblée. Le nombre de sièges a été réajusté à 175 pour refléter la démographie. En février 2026, sans surprise, les résultats officiels indiquent une participation électorale massive : 98,02 % des électeurs auraient voté pour élire 175 députés. Le nombre exact de sièges remportés par le Parti révolutionnaire populaire lao reste cependant caché.

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