Pour réduire sa dépendance au pétrole, l’Arabie saoudite a lancé en 2016 la « Vision 2030 », un vaste programme de réformes articulé autour de trois piliers : la transformation économique, la réforme de la gouvernance et la transformation sociétale. Cette stratégie est née du constat que la forte instabilité des cours du pétrole remettait progressivement en cause ce secteur comme moteur principal de la croissance économique. Si Riyad cherche à projeter l’image d’un pays tourné vers l’innovation et l’après-pétrole, cette modernisation demeure indissociable d’un pouvoir autoritaire qui entend garder un contrôle étroit sur la société.
Au cœur de la vision saoudienne, le prince héritier Mohammed ben Salmane (MBS) a rapidement compris que le modèle économique saoudien, fortement dépendant des revenus pétroliers – représentant près de 90 % des recettes budgétaires du pays – ne pourrait résister durablement à une baisse des prix des hydrocarbures. L’arrivée au pouvoir du roi Salmane dans la décennie 2010, suivie de l’ascension politique de MBS à partir de 2017, coïncide ainsi avec une période de restrictions budgétaires et de recentralisation du pouvoir. Cette évolution remet progressivement en cause le contrat social traditionnel fondé sur un État-providence généreux financé par la rente pétrolière.
Cette stratégie de transformation n’échappe toutefois pas aux critiques. Derrière les annonces spectaculaires de MBS, plusieurs projets phares ont été revus à la baisse ou profondément remaniés. Ces projets soulèvent des critiques sur leur impact environnemental et leur cohérence avec les objectifs climatiques affichés. Ils s’ajoutent à un bilan toujours controversé en matière de droits humains, marqué par la répression des opposants, les restrictions persistantes des libertés publiques et les déplacements forcés de populations liés à certains chantiers.
Grâce à la « Vision 2030 », le royaume souhaite devenir un acteur majeur dans le domaine des énergies renouvelables, développer son industrie de défense et renforcer son attractivité économique et touristique. L’objectif est de faire émerger de nouveaux pôles de développement capables de générer, à l’horizon 2030, des revenus comparables à ceux actuellement issus du pétrole, soit jusqu’à 250 milliards de dollars par an selon les objectifs affichés par les autorités saoudiennes.
Toutefois, cette transformation économique suppose également une amélioration de l’image internationale du royaume. Dans cette perspective, le sport constitue un outil central de la stratégie d’influence saoudienne. MBS tend à utiliser notamment le football comme instrument de « soft power », afin de moderniser l’image du pays sur la scène internationale.
L’Arabie saoudite investit ainsi massivement dans le football mondial, notamment à travers le rachat du club anglais de Newcastle ou encore le recrutement de joueurs de renommée internationale, comme Cristiano Ronaldo à Al-Nassr ou Karim Benzema à Al-Ittihad, puis à Al-Hilal.
L’Arabie saoudite mise également sur une diversification inspirée du modèle de Dubaï, devenue une référence régionale en matière d’attractivité économique et d’investissements étrangers. Le modèle du succès économique des Émirats arabes unis – fondé sur les zones franches et le développement du tourisme – est vu comme un levier stratégique pour la Vision 2030. La volonté de différenciation du royaume vis-à-vis de son voisin émirien explique sa démarche visant à faire venir à Riyad les sièges des grandes entreprises occidentales installées à Dubaï. Avec cette politique, MBS cherche à faire du royaume la principale plateforme commerciale du Proche-Orient.
Parallèlement, le développement du tourisme constitue un autre pilier majeur de cette stratégie de diversification. L’Arabie saoudite cherche à valoriser aussi bien le tourisme de loisirs que le tourisme religieux. Pour cela, le royaume multiplie les « gigaprojets », c’est-à-dire des projets urbains et économiques gigantesques destinés à attirer touristes, investisseurs et travailleurs qualifiés.
Parmi ces projets, celui de Néom apparaît comme le plus emblématique. Cette ville futuriste doit accueillir des infrastructures ultramodernes et devenir un symbole de la modernisation saoudienne. Toutefois, son coût colossal, les difficultés de financement ainsi que les retards accumulés conduisent progressivement les autorités saoudiennes à revoir certaines ambitions à la baisse. The Line, mégapole linéaire censée incarner la révolution urbaine du royaume, a vu ses ambitions considérablement réduites. Malgré les investissements massifs engagés, la dépendance du royaume aux revenus pétroliers demeure encore très importante.
D’après un rapport de 2024 de la Direction générale du Trésor, la Vision 2030 constitue néanmoins une réussite partielle en matière de qualité de vie et de transformation sociétale. L’Arabie saoudite a connu plusieurs avancées sociales importantes, comme une participation croissante des femmes à la vie économique ainsi qu’une baisse significative du chômage. Cependant, le rythme de diversification économique ne semble pas suffisant pour atteindre pleinement les objectifs fixés pour 2030. Les autorités saoudiennes ont ainsi été contraintes de reprioriser certains projets considérés comme trop coûteux ou difficilement réalisables à court terme.
