LA REVUE DEMOS

Le pouvoir irakien est-il sujet à une influence iranienne ?

Depuis 2016, le Hachd Al-Chaabi (La Mobilisation Populaire), une coalition de milices majoritairement chiites, joue un rôle central dans le paysage politique et sécuritaire irakien. Bâties sous la direction de Ghassem Soleimani, Abou Al-Mohandes et d’Ismaïl Al-Qaani, principaux architectes de l’influence iranienne au Moyen-Orient, ces groupes paramilitaires sont alignés sur les intérêts de l’Iran et pèsent fortement sur la gouvernance irakienne. Officiellement placée sous l’autorité de l’État, la Mobilisation populaire (MP) conserve toutefois une autonomie lui permettant de défendre ses propres intérêts, parfois au détriment du pouvoir central. Malgré les changements de gouvernement, l’emprise de ces milices sur des pans sécuritaires, économiques et politiques demeure intacte.

Longtemps pilier de « l’axe de la résistance », l’Irak semble désormais prendre ses distances. En juin 2014, alors que l’État Islamique contrôle près d’un tiers du pays, l’ayatollah Ali Al-Sistani, plus haute autorité chiite d’Irak, appelle à la mobilisation générale. Cet appel aboutit à la formation de factions chiites irakiennes, soutenue par l’Iran et regroupant plus de 160 000 combattants. La Mobilisation Populaire (MP) joue un rôle décisif dans la reconquête territoriale, lui offrant une légitimité politique. Depuis, elle occupe une place centrale via le Cadre de coordination, dominé par des milices pro-iraniennes détenant 138 des 329 sièges législatifs. Placée sous la tutelle du Premier ministre irakien depuis novembre 2016, la MP conserve la capacité d’opérer en marge de l’État, notamment contre les positions américaines. 

Pour autant, si l’Iran conserve des relais puissants en Irak, son contrôle reste loin d’être total. Depuis 2020, la mort de Soleimani et d’Al-Mohandes a affaibli le lien avec Téhéran et accru l’autonomie des groupes armés, désormais porteurs de leurs propres priorités sécuritaires. Ainsi, lors de la crise syrienne, Bagdad a privilégié la sécurisation de ses frontières plutôt que le soutien à Bachar al-Assad. Le Premier ministre irakien, Mohamed Al-Soudani, affiche même une ouverture vers le nouveau pouvoir syrien, pourtant hostile à Téhéran. De même, les milices pro-iraniennes en Irak sont restées en retrait de la confrontation entre l’Iran et Israël. 

Dès janvier 2025, le Guide suprême Khamenei appelait à un renforcement des liens avec le MP. Pour Téhéran, la stabilité irakienne est devenue primordiale. Affaibli économiquement et de plus en plus isolé, le régime voit désormais en l’Irak un partenaire commercial incontournable. En avril 2025, pour éviter une confrontation avec les États-Unis, et avec l’aval des Gardiens de la Révolution islamique, le gouvernement de Sudani a entamé des discussions avec des chefs de milices, visant à les désarmer et à les intégrer à l’État. Une nouvelle dynamique semble enclenchée menaçant la cohésion de « l’axe de la résistance » et accélérant la recomposition régionale. 

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