LA REVUE DEMOS

Le sommet de l’Organisation de Coopération de Shanghai consacre-t-il le leadership mondial de Pékin ?

Les 31 août et 1er septembre 2025, Tianjin, ville portuaire chinoise, a accueilli le 25ᵉ sommet de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS). Présentée comme une alternative non occidentale à l’OTAN et comme la voix du Sud global face à l’hégémonie américaine, l’organisation s’impose de plus en plus comme un outil au service de la diplomatie chinoise.

Née en 1996 sous la forme du « Groupe de Shanghai », réunissant la Chine, la Russie et quatre pays d’Asie centrale pour discuter de sécurité et de diplomatie, l’initiative a été institutionnalisée en 2001 avec la création officielle de l’OCS. Depuis, le club s’est élargi à l’Inde et au Pakistan en 2017, à l’Iran en 2023, tout en accueillant plus de seize pays observateurs. Réunissant une vingtaine de chefs d’État et de gouvernement eurasiatiques, ce sommet a pris place dans un contexte marqué par la remise en cause du concept de « monde occidental » et la redéfinition d’un ordre international fragilisé par la politique extérieure de Donald Trump.

Xi Jinping a exhorté l’OCS à jouer un rôle accru dans la protection de la paix et de la stabilité régionales, présentant la Chine comme une puissance stable et un défenseur du monde en développement. À travers l’OCS, Pékin cherche à bâtir un ordre international façonné à son avantage : un système plus respectueux de ses intérêts, aligné sur son modèle politique autoritaire et destiné à concurrencer le leadership américain. La charte de l’organisation assigne cette mission de promouvoir un « ordre international politique et économique » alternatif. Comme l’a affirmé Xi Jinping, le monde est entré dans « une nouvelle phase de turbulences » et la gouvernance mondiale se trouve à un « nouveau carrefour », ce qui justifie, selon lui, la construction d’un cadre « plus juste et plus équilibré ». Le sommet apparaît ainsi pour Pékin comme une plateforme stratégique afin de promouvoir sa vision d’un monde multipolaire où l’Occident verrait son rôle décliner au profit des pays non occidentaux.

En multipliant les initiatives, Pékin cherche à consolider son leadership tout en défiant l’ordre international façonné par Washington.

Xi Jinping a appelé à la création d’une nouvelle banque de développement de l’OCS, destinée à financer des projets d’infrastructures et à poser les bases d’un système de paiement alternatif capable de contourner le dollar américain et l’effet des sanctions occidentales. Soutenue par plusieurs États membres, cette initiative marque une étape décisive dans la volonté de Pékin de remodeler la gouvernance économique mondiale et s’inscrit dans la continuité de son influence déjà affirmée à travers la Banque asiatique d’investissement pour les infrastructures, dont la Chine est le principal actionnaire. Dans ce cadre, Pékin fournira cette année 2 milliards de yuans (280 millions de dollars) d’aide gratuite aux États membres et 10 milliards de yuans supplémentaires de prêts au consortium bancaire de l’OCS, renforçant ainsi son influence économique.

La Chine entend affirmer son leadership technologique : elle a annoncé la construction d’un centre de coopération en intelligence artificielle pour les pays de l’OCS et invité ces derniers à rejoindre sa station de recherche lunaire. Pékin a lancé six nouvelles plateformes de coopération Chine-OCS, institutionnalisant son leadership de facto dans des secteurs clés tels que l’énergie, l’industrie verte, l’économie numérique ou l’innovation technologique. Les États membres se sont engagés à coopérer pour réduire les risques liés à l’IA, améliorer sa sécurité et sa responsabilité, et suivre une feuille de route commune pour son développement.

Le président Xi Jinping a annoncé une Initiative pour la gouvernance mondiale, quatrième « initiative mondiale » après celles pour le développement, la sécurité et la civilisation. Cette initiative vise à bâtir un système multilatéral « plus juste et plus équitable » et traduit de façon explicite la volonté de la Chine de diriger le développement d’un nouvel ordre international.

En marge du sommet, Xi Jinping a multiplié les rencontres bilatérales, notamment avec le Premier ministre indien Narendra Modi, en visite en Chine pour la première fois depuis sept ans. Les deux dirigeants ont souligné leur volonté de se considérer comme partenaires de développement plutôt que rivaux et ont discuté des moyens d’améliorer leurs échanges commerciaux, marquant un tournant après plusieurs années de tensions entre les deux pays. Avec plus de 15 rencontres, le sommet de Tianjin a offert à Xi Jinping l’occasion de renforcer ses relations bilatérales, consolidant le rôle de la Chine sur la scène internationale.

Malgré la mise en scène d’une unité affichée à Tianjin, l’OCS reste traversée par des tensions internes. L’Inde poursuit une stratégie de « multi-alignement », refusant de se placer sous l’influence exclusive de Pékin et diversifiant ses partenariats pour préserver son autonomie stratégique. La Russie, de son côté, a freiné certaines initiatives chinoises, comme la création de la banque de développement de l’OCS, préférant renforcer des institutions où son poids reste déterminant plutôt que de céder à une architecture dominée par Pékin. À l’extérieur, le sommet a suscité l’inquiétude des puissances occidentales. À Washington, la Maison-Blanche a jugé l’événement « performatif », tandis que Donald Trump dénonçait la « perte » de l’Inde et de la Russie au profit d’une « Chine sombre ». L’OTAN considère l’OCS comme un instrument de contestation de l’ordre international fondé sur des règles, et de nombreux médias occidentaux s’inquiètent d’une organisation perçue comme de plus en plus anti-occidentale. Ces résistances, combinées aux dissensions internes, limitent la capacité de Pékin à transformer ses ambitions en réalité et tempèrent son influence à l’échelle mondiale.

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