LA REVUE DEMOS

Les élections en Syrie traduisent-elles une réelle ouverture démocratique ou ne constituent-elles qu’un instrument de légitimation du pouvoir en place ?

La Syrie a tenu, le dimanche 5 octobre 2025, ses premières élections législatives depuis la chute du régime de Bachar el-Assad. Organisé sous le gouvernement de transition dirigé par Ahmed al-Charaa, ce scrutin visait à renouveler, pour deux ans et demi, les membres de l’Assemblée du peuple.

Près d’un an après la rébellion ayant renversé l’ancien président, la population syrienne espère voir le pays s’engager sur la voie de la stabilité économique, de la prospérité et de la paix. Ce processus, s’il constitue une étape clé dans la transition de régime, soulève des inquiétudes quant à la représentativité du scrutin et à la réelle démocratisation de la vie politique.

L’élection a suscité de vives critiques de l’opposition, notamment des minorités, qui dénoncent une concentration du pouvoir entre les mains du président Ahmed al-Charaa. Sur les 210 sièges de la nouvelle Assemblée, 140 ont été désignés par des comités locaux nommés par une commission électorale placée sous l’autorité du président, tandis que les 70 restants lui ont été directement attribués. En l’absence de listes électorales fiables, le vote indirect a renforcé le contrôle de l’exécutif sur le Parlement. Quatorze ONG ont dénoncé un processus permettant au président de « constituer une majorité parlementaire à partir de personnes qu’il choisit lui-même ou dont il garantit la loyauté », estimant qu’il sape le principe même de pluralisme. Le contrôle du président et de la commission électorale sur les comités locaux et les candidats réduit la compétition politique et compromet le pluralisme du Parlement.

Le scrutin du 5 octobre 2025 a été marqué par une faible représentativité, plusieurs régions comme Soueïda, Hassaké et Raqqa n’ayant pas participé, où les élections ont été reportées, laissant 19 sièges vacants et fragilisant la légitimité du Parlement. Cette exclusion territoriale prive une partie importante de la population de son droit de vote et remet en cause la portée nationale du scrutin, fragilisant ainsi la légitimité et la crédibilité démocratique du nouveau Parlement syrien.

Les critères stricts imposés aux candidats ont renforcé la politisation du scrutin. Environ 70 % des députés devaient être des universitaires ou des experts, tandis que les 30 % restants devaient être des « membres notables » de leur communauté, titulaires d’un diplôme universitaire. Cette sélection ciblée favorise les candidats proches du gouvernement intérimaire, limitant la diversité politique et sociale et révélant les limites de l’élection en tant que véritable processus démocratique.

L’élection du 5 octobre 2025 illustre les limites du processus démocratique en Syrie : un Parlement presque exclusivement masculin et sunnite, relevant un grave déficit d’inclusion, avec seulement 4 % de femmes élues et deux sièges pour les chrétiens, reflétant davantage le contrôle du gouvernement que la diversité sociale, religieuse et politique du pays.

Malgré les nombreuses critiques concernant le manque de représentativité et le contrôle exercé par le gouvernement intérimaire, les élections du 5 octobre 2025 ont suscité un certain élan de liberté et d’optimisme parmi la population syrienne. La nouvelle Assemblée du peuple représente pour certains un symbole de renouveau. Rim Yajizi, avocate et candidate aux élections législatives, a témoigné de cette atmosphère inédite, rappelant que « les déclarations électorales et les débats auxquels la population a participé sont une première dans le pays ». Pour de nombreux Syriens, la tenue de ce scrutin, même imparfait, constitue un premier pas vers l’ouverture politique et l’expression citoyenne.

Les élections législatives de 2025 se sont tenues au suffrage indirect en raison de l’absence de recensement fiable après quatorze ans de guerre, visant à préparer la transition vers une nouvelle république. Malgré ces contraintes, certains acteurs du processus électoral y voient un signe de progrès, le pouvoir syrien affirmant vouloir constituer une assemblée représentative de la diversité du pays. Lara Eezouki, membre du comité national des élections à Damas, a souligné que la nouvelle Assemblée incluait désormais l’ensemble des groupes sociaux, ajoutant qu’il s’agissait « de la première fois dans l’histoire de la Syrie que les urnes gouvernent vraiment », mettant en lumière un certain espoir de participation et d’ouverture politique, même dans un contexte difficile.

Le nouveau Parlement syrien se veut l’incarnation d’un tournant démocratique majeur après des décennies de centralisation autoritaire. Les nouvelles autorités ont dissous l’ancienne Assemblée du peuple, longtemps réduite à une simple chambre d’enregistrement servant d’instrument du pouvoir du clan Al-Assad. Conformément à la Déclaration constitutionnelle proclamée en mars, la nouvelle Assemblée exerce désormais de véritables fonctions législatives : elle est chargée de proposer et d’amender les lois, d’approuver les traités internationaux et d’adopter le budget de l’État. En attendant l’adoption d’une Constitution permanente, ce Parlement transitoire symbolise la volonté de restaurer un équilibre institutionnel fondé sur la délibération, la transparence et la participation politique.

Le processus démocratique viserait surtout à renforcer la légitimité de la Syrie aux yeux des puissances régionales et internationales. Pour le nouveau régime d’Ahmed al-Charaa, il s’agit avant tout de rassurer les pays occidentaux en donnant l’image d’un pouvoir plus ouvert et respectueux des normes internationales.

À l’étranger, les élections syriennes de 2025 ont suscité des réactions largement critiques. Les États-Unis et les Européens ont rejeté les élections syriennes de 2025 comme ni libres ni transparentes, dénonçant l’exclusion de l’opposition, tandis que plusieurs pays arabes ont salué un pas vers la stabilité, tout en appelant à un processus plus inclusif.

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