LA REVUE DEMOS

L’Europe est-elle prête à affronter un monde d’extrême chaleurs ?

Alors que les flammes ont ravagé les forêts de Fontainebleau et de Gironde cet été, et après que l’Europe a connu les mois de juin et de juillet les plus chauds jamais enregistrés (article écrit le 6 août 2026), la question de sa préparation face aux vagues de chaleur extrême se pose de manière urgente.

Sur tout le continent, les coûts humains et environnementaux liés à ces épisodes caniculaires se font sentir. En Espagne, douze personnes sont décédées en juillet après un incendie dans le sud du pays. Entre mai et juin 2026, l’Allemagne affichait un excédent de 5 500 décès, devant l’Angleterre et le pays de Galles (2 700), la France (2 000) et la Belgique (1 200).

Cette surmortalité est plus marquée dans les métropoles, comme Paris, où le nombre de décès excédentaires pourrait tripler, selon The Economist. Ces décès sont souvent indirects, liés à l’augmentation du nombre d’arrêts cardiaques, d’AVC et d’insuffisances respiratoires, qui engorgent des hôpitaux déjà en manque de moyens.

Au-delà du bilan humain, l’agriculture subit également de lourdes pertes. En Bretagne, 6 000 tonnes de volailles sont mortes à cause de la canicule dès juillet, alors que la Confédération paysanne alerte sur la saturation des services d’équarrissage. Les agriculteurs se voient également contraints d’entamer leur fourrage prévu pour octobre, l’herbe des pâturages étant déjà desséchée. Plus largement, la FNSEA anticipe une baisse de production de l’ordre de 25 à 30 % pour certains produits agricoles, signe d’une agriculture en détresse face aux tendances climatiques.

Les causes de tels épisodes sont bien connues. Les émissions de gaz à effet de serre (GES), issues principalement des énergies fossiles, réchauffent la planète d’environ 0,27 °C par décennie, un phénomène renforcé en Europe, l’effet de serre étant plus important aux pôles. La question se pose donc : les mesures gouvernementales européennes reflètent-elles l’ampleur de la crise et permettent-elles de trouver des solutions durables au réchauffement climatique ?

En Espagne, le gouvernement a décidé de renforcer sa flotte de pompiers avec de nouveaux avions, hélicoptères et autres véhicules. Le ministère de l’Énergie et de l’Environnement a également modifié son plan d’adaptation afin de créer davantage d’espaces verts et d’allouer 200 millions d’euros supplémentaires à l’amélioration des systèmes de refroidissement dans les écoles.

En Allemagne, le gouvernement Merz s’est engagé à investir 10 milliards d’euros par an pour atteindre la résilience climatique en dix ans, bien que l’application de ces mesures relève des municipalités, souvent dépourvues de moyens humains.

En France, le 3ᵉ Plan national d’adaptation au changement climatique (2025) prépare le pays à un scénario de plus de 4 °C. Il prévoit, par exemple, l’accroissement du fonds de prévention des risques naturels majeurs à 300 millions d’euros par an pour 2025, ainsi qu’une enveloppe de 500 000 euros pour développer un indicateur du confort d’été dans le DPE (indicateur qui mesure la performance énergétique des logements).

Malgré quelques efforts affichés dans les villes européennes, comme l’ouverture des cinémas au public, l’installation de fontaines à eau ou la climatisation de certaines écoles, ces villes restent cependant mal adaptées aux canicules. Dans les faits, seulement 20 % des habitations en Europe sont équipées de climatiseurs, alors que le bâti ancien a tendance à fortement emmagasiner la chaleur.

Plus largement, la Commission européenne estime le coût de l’adaptation à environ 70 milliards d’euros par an à l’horizon 2050, alors que les coûts liés aux dégâts environnementaux (inondations, sécheresses, incendies, perte d’activité économique) sont chiffrés à 90 milliards d’euros pour la seule année 2025.

Cependant, les politiques de long terme semblent insuffisantes pour endiguer la crise. Dans un rapport publié le 9 juillet 2026, le Haut Conseil pour le climat (HCC) alerte sur le fait que la politique climatique de la France reste « nettement insuffisante ». Comme le rappelle le média Reporterre, une politique climatique efficace repose à la fois sur l’atténuation (la réduction des GES) et sur l’adaptation aux effets du réchauffement climatique.

Du côté de l’atténuation, le HCC note que les émissions françaises ont diminué de seulement 2,1 % entre 2024 et 2025, un effort en baisse par rapport aux années précédentes (-6,8 % en 2023). Pour l’agriculture, deuxième poste d’émissions de GES en France, l’adaptation au changement climatique est également jugée « insuffisante » par le HCC, qui recommande, entre autres, un déploiement généralisé de l’agroécologie.

Le rapport conclut que l’obstacle principal à la résilience climatique en France et en Europe tient à un manque patent d’investissements, ainsi qu’à de nombreux reculs écologiques dans le domaine de l’agriculture, dont la hausse de l’irrigation et les projets de mégabassines constituent des exemples notables. Dans l’ensemble, le Conseil recommande de doubler les investissements bas carbone et de diviser par deux les investissements à haute intensité carbone, alors même que l’on observe « un affaiblissement des politiques climatiques », selon Sophie Dubuisson-Quellier, citée par Reporterre.

Ainsi, la résilience de l’Europe semble, pour le moment, pâtir d’un manque d’ambition, alors que les politiques menées s’attèlent davantage à la question de l’adaptation et que le débat public s’oriente volontiers vers des problématiques marginales sur le temps long, à l’image de la controverse récente sur les climatiseurs en France.

Vous aimez lire nos décryptages ?

Soutenez-nous ! Parce que nous sommes un média :

Nos dernières Synthèses

Malgré l’ACEUM et l’accord de Turnberry, pourquoi Trump impose-t-il de nouveaux droits de douane au Canada et à l’UE ?

Voici ton texte corrigé, avec uniquement les fautes d’orthographe et de grammaire rectifiées, sans modification du sens ni ajout d’informations : Le 20 juillet 2026, Donald Trump a signé un décret imposant 50 % de droits de douane supplémentaires sur une série de produits canadiens, du vin au ciment en passant par les crosses de hockey, applicables dès le 19 août prochain. Quatre jours plus tard, le 24 juillet, entrait en vigueur un droit additionnel plafonnant à 10 % la...

Que reste-t-il de la “politique arabe” de la France ?

La « politique arabe » de la France désigne la part de sa politique étrangère orientée vers le monde arabe, compris comme un tout, du Maroc à la frontière irako-iranienne. Elle se caractérise par une volonté de nouer des relations de confiance particulièrement étroites, qui différencieraient la France des autres pays. Son point de départ se situe en 1967, lorsque le général de Gaulle, à rebours des autres pays occidentaux, condamne l’occupation des territoires palestiniens par les troupes israéliennes à...

Dans quelle mesure le cadre juridique international redessine-t-il les rapports de force géopolitiques autour de la reconstruction syrienne ?

Depuis la chute de Bachar el-Assad le 8 décembre 2024, la reconstruction syrienne est devenue un chantier où chaque levée de sanction ouvre un marché : Washington, l’ONU et l’UE démantèlent en parallèle, mais à des rythmes différents, l’architecture de sanctions bâtie depuis les années 2000. Côté américain, Washington abroge le 10 octobre 2025 le Caesar Act — en vigueur depuis 2020 — porté par le représentant Wilson avec l’appui de l’émissaire Thomas Barrack ; Rubio avait déjà révoqué en...

Comment la Chine s’empare-t-elle progressivement de l’atoll de Scarborough ?

Le 10 juin 2026, les Philippines protestent contre la présence d’une structure flottante chinoise près de Scarborough, un récif situé à 220 kilomètres de l’île philippine de Luzon. Si Pékin présente l’appareil comme un dispositif de recherche scientifique, Manille y voit au contraire une présence illégale dans une zone où les deux pays revendiquent des droits souverains, redoutant une installation plus durable, voire la poldérisation de l’atoll, comme la Chine a pu la pratiquer sur des îles comme Fiery Cross....

Comment les violences sexuelles sont-elles utilisées comme arme de guerre en Ukraine ?

Entre février 2022 et novembre 2025, le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme a documenté 664 cas de violences sexuelles liées à la guerre russo-ukrainienne, commis par la Russie contre des prisonniers de guerre, des civils détenus ou des habitants restés sous occupation. Derrière ces chiffres se cachent des formes de violences diverses : viols en zone occupée, tortures sexuelles et mutilations des parties génitales, humiliations et nudité forcée. Les violences sexuelles sont fréquemment utilisées comme arme de...

L’administration Trump signe-t-elle la fin de l’ère des ambassadeurs au sein de la diplomatie américaine ?

C’est un nombre sans précédent dans l’histoire diplomatique américaine moderne : 115 postes d’ambassadeurs sur 195 restent aujourd’hui vacants à travers le monde. Un an et demi après l’entrée en fonction de Donald Trump pour un second mandat, le syndicat des diplomates, l’American Foreign Service Association, relève que près de 60% des représentations diplomatiques américaines sont ainsi toujours dépourvues de chef de mission. Bien plus qu’un simple constat historique, cette situation est la traduction d’un changement plus profond dans la...

Comment les tensions géopolitiques s’invitent-elles dans l’organisation de la Coupe du Monde 2026 ?

À l’aube du coup d’envoi de la Coupe du monde, ce mercredi 10 juin, Gianni Infantino est attendu face à la presse mondiale, au stade Azteca de Mexico, pour s’expliquer sur les polémiques qui s’accumulent. Alors qu’il est visé par une plainte déposée par Michel Platini pour trafic d’influence et dénonciation calomnieuse, le patron de la FIFA doit défendre un Mondial hors norme, qui réunit pour la première fois 48 équipes et repose sur une coorganisation à trois : États-Unis,...

L’Arabie Saoudite ou la voie vers la puissance post-pétrole ?

Pour réduire sa dépendance au pétrole, l’Arabie saoudite a lancé en 2016 la « Vision 2030 », un vaste programme de réformes articulé autour de trois piliers : la transformation économique, la réforme de la gouvernance et la transformation sociétale. Cette stratégie est née du constat que la forte instabilité des cours du pétrole remettait progressivement en cause ce secteur comme moteur principal de la croissance économique. Si Riyad cherche à projeter l’image d’un pays tourné vers l’innovation et l’après-pétrole,...

Pourquoi l’élection hongroise se retrouve-t-elle au cœur d’ingérences étrangères ?

La Hongrie, pays de 9 millions d’habitants, nichée en plein cœur de l’Europe centrale entre l’Autriche et la Roumanie, a appelé sa population à se rendre aux urnes le 12 avril dernier, dans le cadre des élections législatives. Ce rendez-vous démocratique, qui intervient tous les quatre ans, a concentré les intérêts de plusieurs puissances, car ces dernières années, la Hongrie est devenue cruciale dans la stratégie d’influence de pays hostiles à l’UE. Viktor Orbán et son parti Fidesz, au pouvoir...

Le Traité d’amitié et de coopération : une réponse euro-asiatique à l’unilatéralisme états-unien ?

Signé le 24 février 1976 à Bali par les cinq membres fondateurs de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN), le Traité d’amitié et de coopération en Asie du Sud-Est (TAC) constitue l’un des piliers de la diplomatie sud-est-asiatique. Initialement conçu comme un instrument de stabilisation régionale, sa vocation universelle s’est progressivement affirmée, intégrant dès les années 2000 les puissances chinoise, russe et états-unienne, puis l’Union européenne en 2012. Dans un contexte marqué par la montée des tensions internationales...