LA REVUE DEMOS

L’Himalaya bouleversé : la fonte des glaciers exacerbe les tensions dans une région stratégique et vitale en eau pour 2 milliards de personnes

Le réchauffement climatique rebat-il les cartes géopolitiques dans l’Himalaya ?
Le réchauffement climatique a une action irréversible sur le plateau himalayen, affectant son équilibre et causant des catastrophes naturelles toujours plus fréquentes et destructrices. Par toutes les ressources qu’il abrite, notamment en eau et énergie, le toit du monde est une question existentielle pour ses 5 pays frontaliers, le Bhoutan, le Népal, le Pakistan et surtout la Chine et l’Inde, les 3 derniers possédant l’arme nucléaire. Que ce soit par des projets de barrages ou des revendications territoriales, les stratégies de chacun amplifient des tensions parfois anciennes, exacerbées par les besoins croissants des pays en amont comme en aval alors que la ressource se raréfie. C’est le cas dans la région du Cachemire, l’Inde ayant rompu le traité de partage des eaux de l’Indus avec le Pakistan signé en 1960 en réponse à des attentats meurtriers sur son territoire le 22 avril 2025.

Surnommé le “château d’eau de l’Asie”, le plateau Himalayen s’étire sur plus de 2000 km, ses glaciers alimentent des fleuves parmi les plus longs au monde comme le Mékong, l’Indus ou le Gange, qui fournissent de l’eau pour presque la moitié de l’humanité notamment des millions d’agriculteurs de subsistance, et irriguent des productions exportatrices majeures de coton ou de riz. Le réchauffement climatique accélère la fonte des glaces et des neiges, perturbe les moussons, cause sécheresses et catastrophes naturelles. Les moussons d’août 2018 ont par exemple fait des centaines de morts et plus de 700 000 déplacés en Inde, ces épisodes sont voués à augmenter en puissance et imprévisibilité.

La stratégie hydrique des Etats de la région est vitale pour chacun et les tensions fréquentes. À part le Gange, les grands fleuves himalayens ont tous leur source en Chine, qui peut contrôler le débit en eau grâce à ses barrages en amont aux dépens des pays en aval comme le Bangladesh ou le Laos. En amont, le Bhoutan et le Népal sont sous la pression de la Chine et l’Inde, dont leurs infrastructures énergétiques dépendent. Pékin, qui a une avance technologique sur ses voisins, a par exemple annoncé fin 2024 le projet du plus grand barrage au monde avec une capacité de 60 GWh, très critiqué au vu de ses impacts sociaux, environnementaux et de l’activité sismique du plateau. Pékin invoque sa transition énergétique et ses besoins en eau pour soutenir sa croissance alors que sa ressource en eau par habitant a été divisée par 2 en 60 ans et est très inégale entre nord et sud. Le rival Indien craint une militarisation des projets chinois qui pourrait, en cas de conflit, créer des crues artificielles destructrices. 

Les perspectives pour la région sont maigres, notamment pour l’Indus dont le Pakistan, en aval de l’Inde, dépend à 60%. La coopération est fragile entre les deux pays en profonde crise de l’eau alors que l’Inde a suspendu sa participation au traité de l’Indus le 22 avril 2025 en réponse à un attentat meurtrier dans le Cachemire Indien. Si Islamabad a dénoncé un “acte de guerre” de New Delhi, des experts comme Jean-Michel Valantin craignent à l’avenir des “guerres de l’eau” et des migrations de populations inédites.

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