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Le 20 juillet 2026, Donald Trump a signé un décret imposant 50 % de droits de douane supplémentaires sur une série de produits canadiens, du vin au ciment en passant par les crosses de hockey, applicables dès le 19 août prochain. Quatre jours plus tard, le 24 juillet, entrait en vigueur un droit additionnel plafonnant à 10 % la taxation de la plupart des marchandises européennes. Pourtant, Ottawa et Bruxelles disposaient, chacun, d’un accord censé les protéger face à de nouvelles mesures : l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM), entré en vigueur le 1er juillet 2020, et l’accord de Turnberry, conclu le 27 juillet 2025.
Washington justifie cette sanction par la politique canadienne. Deux pays seulement, la Chine et le Canada, ont choisi les représailles face aux droits de douane américains, là où les autres négocient. Le représentant américain au Commerce, Jamieson Greer, reproche ainsi cette riposte, considérant que ce nouveau décret « permet de faire rendre des comptes au Canada ». En effet, certaines provinces ont cessé, depuis la première série de 25 % de droits de douane en janvier 2025, d’acheter des produits américains. Le gouvernement canadien a également élargi l’accès aux produits laitiers européens et a plafonné les véhicules américains. Ce ne serait donc pas un déséquilibre commercial qui est visé, mais avant tout un refus de céder. Le véritable changement avec les surtaxes précédemment brandies tient au fait qu’elles atteignent cette fois les marchandises circulant sous le régime de l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM), qui représentent, selon Ottawa, plus de 80 % des exportations canadiennes vers les États-Unis et que chaque salve antérieure avait épargnées. Mark Carney, le Premier ministre canadien, dénonce une violation directe de l’accord. Il a annoncé des mesures équivalentes, se disant prêt à intensifier les discussions.
L’Union européenne paraît davantage épargnée. Ses produits sont désormais taxés à 10 %, en deçà du plafond de 15 % obtenu en juillet 2025 par l’accord de Turnberry. Cependant, l’accord plafonne un taux, mais il n’interdit pas d’ouvrir des enquêtes sur de nouveaux fondements. Le droit de 10 % instauré en février, après l’annulation par la Cour suprême américaine du fondement d’urgence utilisé jusque-là pour justifier les droits de douane, arrivait à échéance ce 23 juillet. L’administration l’a remplacé dès le lendemain par un droit pris au titre de l’article 301 du Trade Act de 1974, basé sur une enquête ouverte sur le travail forcé, qui désigne six économies, dont le Canada et l’Union européenne, accusés de disposer d’une interdiction sans l’appliquer effectivement. L’objectif est légitime, mais les critères retenus semblent flous, et les accusations non étayées, comme le souligne l’éditorial du Monde : « L’obstination de Donald Trump sur les droits de douane ». Paula Pinho, porte-parole de la Commission européenne, rappelle : « Nous rejetons catégoriquement l’idée selon laquelle l’Union européenne pourrait être considérée comme contribuant au problème mondial du travail forcé. » Néanmoins, Scott Lincicome, membre du think tank Cato Institute, souligne surtout que le dispositif n’offre aux pays visés aucun moyen d’obtenir la levée des droits en corrigeant le comportement reproché, ce à quoi s’ajoute le fait que l’accord ne prévoit aucune procédure permettant de discuter les justifications américaines.
Après l’amende de 890 millions d’euros infligée le 23 juillet à Google au titre du règlement européen sur les marchés numériques, Washington a annoncé une enquête et des droits de douane substantiels, exigeant l’annulation des sanctions prononcées contre les groupes américains. L’administration américaine prépare déjà une riposte, fondée sur la notion assez floue de « capacité structurelle ». Elle accuse l’UE de produire davantage de biens que ses membres ne peuvent en consommer. Cette pratique deviendrait déloyale et donnerait lieu à de nouvelles surtaxes. L’Union a d’autant moins de marge de manœuvre qu’elle s’est désarmée. En effet, ses contre-mesures de 25 % restent suspendues jusqu’en février 2027, et elle a supprimé, depuis le 1er juillet, ses propres droits sur une large gamme de produits américains. Céder ne l’aura, semble-t-il, pas mieux protégée qu’Ottawa.
Les salves tombent donc au moment des sanctions européennes, mais aussi au moment du cycle de révision de l’ACEUM que les États-Unis ont refusé de reconduire. Donald Trump a jugé qu’il n’était pas important pour son pays : « Le Mexique et le Canada ont besoin de nous. » Paradoxalement, les États-Unis ont importé pour 382 milliards de dollars de marchandises canadiennes l’an dernier.
Le coût est déjà mesurable outre-Atlantique : 0,8 % ajouté aux prix à la consommation et environ 75 000 emplois industriels perdus depuis janvier 2025. À trois mois des élections de mi-mandat, les surtaxes apparaissent davantage comme un levier de négociation que comme une source de recettes pour les États-Unis.
Cette pression américaine accélère plusieurs rapprochements. Le 23 juin 2025, Ottawa et l’Union ont signé un partenariat de sécurité et de défense, avant que le premier ne devienne le seul participant non européen au programme d’acquisition militaire SAFE. Le Parlement européen a adopté, le 11 mars 2026, un rapport appelant à sa pleine mise en œuvre et à l’accélération de la ratification du CETA, l’accord de libre-échange entre l’Union européenne et le Canada.
