LA REVUE DEMOS

Pourquoi le Yémen subit une crise humanitaire actuellement ? 

Le 30 décembre 2025, le Yémen, pays situé à la pointe sud de la péninsule arabique, a déclaré l’état d’urgence. Cette décision intervient dans un contexte national profondément dégradé, marqué par une guerre civile qui fait rage depuis plus de dix ans. Le conflit oppose le gouvernement yéménite, représenté successivement par les présidents Abdrabbo Mansour Hadi et Rachad al-Alimi depuis 2022, aux rebelles houthis, un mouvement armé lié au courant chiite. Originaires du nord du pays, les Houthis bénéficient notamment du soutien de l’Iran et entretiennent des liens avec le Hamas palestinien.

Les deux belligérants se partagent aujourd’hui le territoire : les Houthis contrôlent la capitale, Sanaa, depuis septembre 2014, tandis que le gouvernement exerce son autorité principalement dans le sud. Le conflit trouve ses origines en 2004, lorsque les chiites, représentant environ 40 % de la population, s’estimaient marginalisés dans la vie politique du pays, ce qui a conduit à une première révolte. Dans le contexte des printemps arabes de 2011, Al-Qaïda a accru son influence au cœur du pays, créant ainsi une troisième zone de contrôle sur le territoire.

En mars 2015, une coalition dirigée par l’Arabie saoudite et soutenue par les Émirats arabes unis a lancé une campagne de bombardements contre les Houthis. Cette opération, baptisée « Restaurer l’Espoir », est toujours en cours. Avec le temps, cette alliance s’est progressivement fragmentée : d’un côté, le Conseil de transition du Sud (CTS), un groupe prônant l’indépendance du Yémen du Sud et soutenu par les Émirats ; de l’autre, le gouvernement yéménite, soutenu par l’Arabie saoudite.

Dans ce contexte, les civils restent les principales victimes du conflit. Sur les près de 40 millions d’habitants, l’UNICEF estimait en 2025 que 19,5 millions de personnes, dont 10,8 millions d’enfants, avaient besoin d’une aide humanitaire urgente. Selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies, le Yémen constitue la cinquième crise mondiale la plus grave en matière de déplacements de populations. Pendant cette guerre, le PIB par habitant a chuté de 54 % entre 2015 et 2023, plaçant le pays au quatrième rang des plus pauvres au monde en 2025, selon le FMI. Près de 80 % de la population vit désormais sous le seuil de pauvreté, rendant une grande partie des Yéménites incapables de subvenir à leurs besoins alimentaires.

La multiplication des acteurs armés aggrave les pertes civiles, notamment en raison des bombardements aériens, comme ceux menés par l’Arabie saoudite contre les séparatistes le 2 janvier 2026, qui ont fait au moins 20 morts. Ces frappes ont également gravement endommagé les infrastructures civiles. Le Programme alimentaire mondial estime que près de la moitié des hôpitaux ne sont plus en état d’accueillir des patients. Ce manque d’infrastructures de santé favorise le développement d’épidémies au sein d’une population déjà fragilisée, notamment par le choléra, la rougeole et la diphtérie.

Les États-Unis jouent aussi un rôle clé dans ce conflit. Entre bombardements et réduction des fonds alloués à l’aide humanitaire, les actions de Washington aggravent la crise humanitaire. Longtemps premier bailleur de fonds de l’aide humanitaire au Yémen, les États-Unis ont massivement réduit leurs financements, notamment après le démantèlement de l’USAID et l’annulation de la majorité de ses programmes. Ce retrait a eu des conséquences immédiates sur l’accès à l’aide alimentaire, sanitaire et sociale, en particulier dans les zones les plus touchées par les combats.

Ces facteurs compliquent l’action humanitaire sur le territoire. Outre l’insécurité persistante, les organisations internationales font face à des entraves directes imposées par les Houthis, qui détenaient encore 73 membres du personnel de l’ONU le 14 janvier 2026. En juillet 2024, 15 organisations humanitaires réparties dans 14 districts géraient 26 programmes dans le gouvernorat d’al-Hodeïda. Cependant, après la suspension des activités de l’ONU et la désignation des Houthis comme organisation terroriste par les États-Unis, ce nombre a chuté : un an plus tard, seules deux organisations étaient encore actives dans trois districts.

Des migrants venus d’Afrique se retrouvent également pris dans ce conflit en tentant de rejoindre les pays riches du Golfe. Originaires principalement d’Éthiopie, ces réfugiés sont détenus, maltraités, voire tués, faisant de cette route migratoire la plus dangereuse au monde. En avril 2025, une frappe aérienne menée par les Émirats arabes unis sur un centre de rétention de migrants a tué 68 personnes et blessé 47 autres dans le gouvernorat de Saada. Après cette attaque, les Houthis ont abattu 16 détenus en fuite et en ont blessé 50 autres, selon l’ONU.

Cette crise transforme durablement la vie des populations locales. Selon Peter Hawkins, représentant de l’UNICEF au Yémen, « le conflit au Yémen a volé des enfances, brisé des avenirs et condamné toute une génération à lutter pour sa survie. »

Vous aimez lire nos décryptages ?

Soutenez-nous ! Parce que nous sommes un média :

Nos dernières Synthèses

De quelles manières l’État australien reconstruit-il son influence régionale à travers la question climatique ? 

Du 9 au 20 novembre 2026 aura lieu la « COP31 », ou conférence d’Antalya sur les changements climatiques. Ce sera l’occasion pour les 197 États parties à la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC) de se réunir une nouvelle fois pour discuter et adopter les mesures jugées nécessaires pour tendre vers les objectifs fixés par les conventions internationales précédemment adoptées en la matière. Si cet événement s’inscrit dans la droite lignée des 30 Conférences des Parties...

La révolte des « cafards » en Inde : de la fuite des cerveaux à la contestation interne ? 

25 juillet 2025, New Delhi. Après sept semaines de manifestations, le ministre indien de l’Éducation, Dharmendra Pradhan, a annoncé sa démission dans la journée. Alors que le Premier ministre Narendra Modi assiste à la pire crise politique du pays depuis sa réélection en 2024, les membres du Parti des cafards savourent leur première victoire. Né sur les réseaux sociaux en mai 2026 et d’origine satirique, ce nouveau parti a rapidement rassemblé la génération Z. S’adressant en priorité aux jeunes diplômés,...

La rencontre Trump-Zelensky du 28 juillet annonce-t-elle un repositionnement stratégique des États-Unis en Ukraine ?

Le 28 juillet 2026, Volodymyr Zelensky, président de l’Ukraine, retrouve Donald Trump à la Maison-Blanche pour un entretien très attendu d’une heure, dans le Bureau ovale. Plus de quatre ans après le début de l’invasion russe de février 2022, et après une relation bilatérale longtemps marquée par la défiance, la rencontre a été qualifiée de « positive et productive » par la porte-parole de la Maison-Blanche. En février 2025, à peine un mois après son investiture, Donald Trump recevait déjà...

Comment les drones marins révolutionnent-ils la surveillance de la biodiversité dans les régions polaires ?

Dans les régions polaires, la révolution des drones marins ne tient pas seulement à l’absence d’équipage. Leur avantage est politique autant que scientifique : ils restent en mer durant des semaines, atteignent des zones dangereuses et répètent les mesures pour un coût logistique et environnemental inférieur à celui d’un navire. Échosondeurs, caméras, hydrophones et capteurs produisent ainsi des données plus continues sur les espèces et leur habitat. Mieux observer permet de fixer des quotas, de fermer une pêcherie, de délimiter...

Comment la gentrification à Mexico redéfinit-elle les enjeux migratoires du pays?

En 2024, la ville de Mexico a été classée par The Economist comme la 16e ville la plus chère au monde, devant des villes tout autant populaires et attirantes comme Milan et Washington D.C. Si cette hausse des prix pourrait signifier pour certains une redynamisation de la ville et une hausse de la qualité de vie, pour la classe moyenne mexicaine, cela implique de se confronter au déplacement et à la transformation de l’identité urbaine de Mexico. À partir de...

Dans quelle mesure la Syrie peut-elle devenir un acteur clé de la reconfiguration des routes énergétiques ? 

Le blocus du détroit d’Ormuz par l’Iran, déclenché en mars 2026 dans le sillage de l’escalade militaire avec les États-Unis, a brusquement privé les marchés mondiaux d’une artère où transitent habituellement 20 millions de barils par jour. Face à ce goulot d’étranglement naval et aux menaces houthistes persistantes en mer Rouge, Bagdad, Washington et plusieurs chancelleries européennes réorientent en urgence la cartographie énergétique régionale. Au centre de ce redéploiement logistique se trouve la Syrie. Depuis la chute du régime de...

Malgré l’ACEUM et l’accord de Turnberry, pourquoi Trump impose-t-il de nouveaux droits de douane au Canada et à l’UE ?

Voici ton texte corrigé, avec uniquement les fautes d’orthographe et de grammaire rectifiées, sans modification du sens ni ajout d’informations : Le 20 juillet 2026, Donald Trump a signé un décret imposant 50 % de droits de douane supplémentaires sur une série de produits canadiens, du vin au ciment en passant par les crosses de hockey, applicables dès le 19 août prochain. Quatre jours plus tard, le 24 juillet, entrait en vigueur un droit additionnel plafonnant à 10 % la...

L’Europe est-elle prête à affronter un monde d’extrême chaleurs ?

Alors que les flammes ont ravagé les forêts de Fontainebleau et de Gironde cet été, et après que l’Europe a connu les mois de juin et de juillet les plus chauds jamais enregistrés (article écrit le 6 août 2026), la question de sa préparation face aux vagues de chaleur extrême se pose de manière urgente. Sur tout le continent, les coûts humains et environnementaux liés à ces épisodes caniculaires se font sentir. En Espagne, douze personnes sont décédées en juillet...

Que reste-t-il de la “politique arabe” de la France ?

La « politique arabe » de la France désigne la part de sa politique étrangère orientée vers le monde arabe, compris comme un tout, du Maroc à la frontière irako-iranienne. Elle se caractérise par une volonté de nouer des relations de confiance particulièrement étroites, qui différencieraient la France des autres pays. Son point de départ se situe en 1967, lorsque le général de Gaulle, à rebours des autres pays occidentaux, condamne l’occupation des territoires palestiniens par les troupes israéliennes à...

Dans quelle mesure le cadre juridique international redessine-t-il les rapports de force géopolitiques autour de la reconstruction syrienne ?

Depuis la chute de Bachar el-Assad le 8 décembre 2024, la reconstruction syrienne est devenue un chantier où chaque levée de sanction ouvre un marché : Washington, l’ONU et l’UE démantèlent en parallèle, mais à des rythmes différents, l’architecture de sanctions bâtie depuis les années 2000. Côté américain, Washington abroge le 10 octobre 2025 le Caesar Act — en vigueur depuis 2020 — porté par le représentant Wilson avec l’appui de l’émissaire Thomas Barrack ; Rubio avait déjà révoqué en...