LA REVUE DEMOS

Que prévoit vraiment le “conseil de la paix” évoqué par Donald Trump ? 

« On est loin, très loin de la Charte des Nations unies ». Par l’intermédiaire de Jean-Noël Barrot, son ministre des Affaires étrangères, la France a clairement fait savoir qu’elle refusait de rejoindre le « Conseil de la paix » récemment évoqué par Donald Trump. Paris estime en effet que cette initiative est « incompatible » avec les engagements internationaux de la France, notamment son appartenance à l’ONU. Imaginée par Donald Trump, cette nouvelle instance entend rebattre les cartes de l’ordre international.

Présentée lors du sommet de Davos, le 22 janvier 2026, l’organisation internationale, à laquelle la Maison Blanche aurait proposé à une soixantaine de pays de participer, est régie par une charte comprenant vingt-cinq articles réunis en douze chapitres. Initialement présentée comme limitée à la reconstruction de Gaza, elle est en réalité conçue comme une organisation internationale qui vise, selon son article premier, « à promouvoir la stabilité, à rétablir une gouvernance fiable et légitime et à garantir une paix durable dans les régions touchées ou menacées par des conflits. »

Sans aucune mention de Gaza, cette structure intergouvernementale n’aurait d’autre objet que la « paix durable » (terme évoqué trois fois dans la charte) et serait contrôlée personnellement par le président américain. En effet, celui-ci, « premier président du Conseil de la paix », sera le seul à posséder un pouvoir exécutif, afin de créer, modifier ou dissoudre des entités s’il le juge nécessaire. Le pouvoir exorbitant offert au locataire de la Maison Blanche se manifeste également par sa succession : le président du Conseil choisit lui-même son successeur et ne peut être remplacé qu’à la suite d’une démission volontaire ou en raison d’une incapacité. Ces prérogatives sont prévues par les articles de la Charte du Conseil de la paix.

Cette charte prévoit également la sélection des membres du conseil d’administration du Conseil de la paix par le président du Conseil, à la seule condition que ceux-ci soient, selon son appréciation personnelle, des « dirigeants d’envergure mondiale ». Le président a un rôle d’arbitre concernant les différends internes entre les membres du Conseil de la paix, la possibilité de confirmer ou non les modifications de la Charte proposées par le Conseil exécutif ou les États membres du Conseil de la paix, ou encore le pouvoir de trancher lui-même les décisions en cas d’égalité des voix. Cette organisation qui n’a pour but que « la paix durable » semble ainsi être contrôlée exclusivement par Donald Trump, son président au pouvoir absolu.

Alors que les États-Unis se sont retirés de près de soixante-six organisations internationales depuis l’élection de Donald Trump – dont trente-et-une entités en lien avec l’Organisation des Nations unies (ONU) parmi lesquelles la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC), le Fonds des Nations unies pour la démocratie ou encore le Fonds des Nations unies pour la population (UNFPA) – ce Conseil de la paix, dont le fonctionnement soulève des interrogations sur sa représentativité démocratique, semble s’inscrire dans une dynamique de remise en cause des organisations internationales mises en place après la Seconde Guerre mondiale.

Le Conseil de la paix imaginé par Donald Trump se veut comme une organisation concurrentielle de l’ONU. Il est évoqué dans le préambule de la nouvelle charte, la nécessité de créer un “organisme international de consolidation de la paix plus agile et efficace”, laissant sous-entendre l’inefficacité des précédentes institutions, tel qu’affirmé par Donald Trump dans son discours de présentation du projet. Si celui-ci parle d’un potentiel “formidable” de l’ONU, il déplore que celle-ci ne soit pas utilisée efficacement.. Ainsi, cette position du président américain rejoint les lignes du préambule de la nouvelle charte, qui prône une paix durable possible que par “un jugement pragmatique, des solutions sensées, et le courage de s’écarter d’institutions qui ont trop souvent échoué”

Plus de 60 dirigeants ont été invités à rejoindre le Conseil de la paix, parmi eux Volodymyr Zelensky, Vladimir Poutine ou encore Mark Carney, premier ministre canadien. Donald Trump a multiplié les invitations à rejoindre ce conseil, et a même fixé un prix pour y devenir membre permanent : 1 milliard de dollars. Plusieurs pays ont d’ores et déjà accepté de siéger au sein du Conseil, parmi lesquels Israël, l’Égypte, la Hongrie, le Maroc ou encore l’Argentine. La Norvège et l’Ukraine ont pour le moment refusé. Le 20 janvier dernier, le président américain s’est vexé du refus catégorique de la France d’accepter son invitation à siéger : « Personne ne veut de lui [Emmanuel Macron] parce qu’il va bientôt quitter ses fonctions. S’ils se montrent hostiles [les Français], j’imposerai des droits de douane de 200 % sur ses vins et ses champagnes et il nous rejoindra. Mais il n’est pas obligé. ».

Signée le 22 janvier 2026, la charte du Conseil de la paix n’entrera en vigueur, conformément à son article 11.1, que lorsque trois États au moins auront exprimé leur consentement à être liés par elle.

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