La « politique arabe » de la France désigne la part de sa politique étrangère orientée vers le monde arabe, compris comme un tout, du Maroc à la frontière irako-iranienne. Elle se caractérise par une volonté de nouer des relations de confiance particulièrement étroites, qui différencieraient la France des autres pays. Son point de départ se situe en 1967, lorsque le général de Gaulle, à rebours des autres pays occidentaux, condamne l’occupation des territoires palestiniens par les troupes israéliennes à la suite de la guerre des Six Jours, qui opposait Israël à une coalition Égypte-Syrie-Jordanie. La décision du président français de soutenir les pays arabes à l’issue du conflit constitue une rupture avec la politique pro-israélienne qui avait prévalu pendant la IVe République et qui avait fait de ses dirigeants des adversaires de la cause palestinienne.
La « politique arabe » se confond dès lors avec une politique pro-palestinienne, dont la France tire un certain prestige dans l’ensemble des pays arabes, qui acceptent de renouer avec l’ancienne puissance coloniale. Le changement de cap opéré par le général de Gaulle est maintenu par ses successeurs. En 1980, Valéry Giscard d’Estaing impulse la déclaration de Venise, dans laquelle les pays de la Communauté économique européenne (CEE) appellent ensemble à la création d’un État palestinien. Pendant ses mandats, François Mitterrand s’impose comme l’un des principaux soutiens de Yasser Arafat, le président de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), qu’il sauve d’une arrestation en 1982 et en 1983 et qu’il reçoit plusieurs fois à Paris. Cette politique pro-palestinienne a facilité l’accès de la France aux ressources pétrolières, aux ventes d’armements et aux marchés des pays arabes, notamment avec l’Irak, et lui a permis d’être souvent impliquée dans les négociations autour du conflit israélo-palestinien en tant que partenaire de confiance.
De manière générale, la « politique arabe » reposait sur la capacité de la France à être au diapason des revendications des pays arabes. Sa proximité avec l’OLP a permis de l’intégrer au camp des nations arabes. Fin mars 2003, elle s’y rattache une fois de plus lorsque le ministre des Affaires étrangères de Jacques Chirac, Dominique de Villepin, oppose le veto français à la coalition internationale en Irak. La France adoptait alors une position conforme à la volonté des pays arabes, qui venaient d’affirmer leur refus de l’intervention militaire lors du sommet de la Ligue arabe du 1er mars 2003.
L’élection de Nicolas Sarkozy en 2007 marque un tournant pour la « politique arabe » de la France. Sa volonté d’agir davantage en concertation avec les États-Unis l’amène à se rapprocher d’Israël au détriment des Palestiniens, pour lesquels les initiatives françaises de paix cessent. Pendant son mandat, la France perd la confiance des nations arabes au moment des printemps arabes de 2010-2011. Le ministère des Affaires étrangères, soucieux de préserver une stabilité régionale assurée par des dirigeants souvent autoritaires, n’a pas su adopter une ligne suffisamment favorable aux revendications démocratiques des populations arabes, pour lesquelles la France n’était plus un allié.
La reconnaissance tardive de l’État de Palestine par Emmanuel Macron, survenue le 23 septembre 2025, n’a pas suffi à rendre à la France son image d’amie du monde arabe. Ces difficultés à peser sur le conflit au Proche-Orient montrent un affaiblissement politique de la diplomatie française, comme en témoigne l’absence de la France dans les négociations ayant mené à un cessez-le-feu entre le Liban et Israël le 26 juin 2026. Le ministère des Affaires étrangères compte aujourd’hui davantage sur les ventes de matériel militaire, devenues le pilier de sa « politique arabe ». La France s’est notamment imposée comme un partenaire essentiel pour l’Égypte, qui était, en 2021, le premier client de l’industrie française d’armement à l’exportation, à la faveur de ses achats d’avions de chasse Rafale. En 2024, la France vend pour 2,4 milliards d’euros d’armes aux pays du Moyen-Orient, dont 700 millions aux Émirats arabes unis. Ces transactions s’accompagnent d’accords de défense : pour les honorer, l’armée de l’air française assure aujourd’hui une partie de la sécurité du golfe Persique dans le cadre de la guerre qui oppose, depuis mars 2026, l’Iran à Israël et aux États-Unis.
Le déploiement de l’aviation française fait de la France une partie au conflit, réduisant ainsi ses chances d’œuvrer à une médiation. De plus, la diplomatie par les armes mène parfois à des impasses en matière de droits de l’homme et nuit à son image. En 2013, des véhicules blindés français avaient été employés lors de la répression de manifestations par le gouvernement égyptien, montrant l’impact des ventes françaises sur les populations. Si les ventes d’armes ont toujours fait partie intégrante de la « politique arabe » de la France, leur généralisation pose la question de la transformation de cette politique globale et volontaire en une diplomatie essentiellement sécuritaire. Comme le rappelle le géopolitologue Pascal Boniface, fondateur de l’IRIS, la France a longtemps été perçue comme « le pays occidental qui comprenait le mieux la sensibilité des pays arabes » : un statut qui lui permettait d’être influente en matière de dialogue. Ce rôle semble aujourd’hui difficile à jouer.
