LA REVUE DEMOS

Que révèlent les promesses faites par Donald Trump au peuple vénézuélien sur les finalités et les moyens de l’intervention américaine ?

Le 3 janvier 2026, à 3h00 du matin, l’opération « Absolute Resolve » lancée par l’administration Trump, une mission aéroportée d’une envergure inédite depuis l’invasion du Panama en 1989, a frappé le cœur du pouvoir vénézuélien à Caracas. Les forces spéciales américaines, appuyées par un blocus électronique consistant à brouiller les communications et à neutraliser les systèmes de détection , ont pris d’assaut la résidence présidentielle de Fuerte Tiuna.

En moins de quarante minutes, Nicolás Maduro, considéré comme le chef d’Etat héritier d’Hugo Chávez, a été capturé et exfiltré vers un navire de la Quatrième Flotte des États-Unis stationné dans les eaux internationales. Quelques heures plus tard, Donald Trump, depuis la Maison-Blanche, officialisait l’arrestation en présentant Maduro comme un « fugitif de la justice internationale » sous le coup d’un acte d’accusation pour narcoterrorisme émis par le district Sud de New York. Cette action unilatérale, contre un pays souverain, menée sans mandat explicite de l’ONU, a instantanément redéfini les rapports de force sur le continent, tout en ouvrant une ère d’incertitudes juridiques et politiques majeures. Au-delà de la justification judiciaire avancée par Washington, l’opération laisse toutefois entrevoir la question des objectifs stratégiques poursuivis par les États-Unis dans une région riche en ressources énergétiques, comme le souligne Paramjit Singh, universitaire britannique et auteur de Why Venezuela? Oil, Power, and Ideology. 

Pour comprendre pourquoi une partie significative de la population vénézuélienne a accueilli cette intervention avec des cris de joie, il est indispensable de rappeler le bilan des années Maduro. Sous sa présidence, le pays a connu l’une des pires récessions de l’histoire moderne en temps de paix, avec une hyperinflation dépassant parfois les 1 000 000 % et une pauvreté touchant environ 90 % des foyers. La répression politique, documentée par de nombreux rapports internationaux, s’était intensifiée lors de l’élection contestée de juillet 2024, marquée par des arrestations arbitraires massives. Pour de nombreux Vénézuéliens, l’intervention américaine n’est pas vue comme une agression, mais comme la seule issue possible face à un régime verrouillé. Le témoignage de Jacqueline, une exilée vénézuélienne en Colombie, est à cet égard représentatif d’un sentiment profond : « Je pleure de joie. C’est un rêve devenu réalité. Tout cela est grâce au gouvernement américain de Donald Trump qui a aidé et est intervenu » Ce soutien populaire repose sur l’idée que seule une force extérieure pouvait briser l’appareil sécuritaire du régime et restaurer l’ordre. 

Dans le discours de ses opposants, celui-ci est fréquemment associé au « Cartel des Soleils », une appellation présentée comme désignant un réseau informel de hauts gradés militaires vénézuéliens soupçonnés de liens avec le narcotrafic. L’hypothèse de connexions entre certaines élites militaires et des circuits de la drogue constitue un élément central de l’argumentation avancée par la Maison-Blanche pour étayer l’acte d’accusation. Toutefois, Thomas Posado souligne que « nous n’avons actuellement aucune preuve de l’existence de cette organisation », et estime que « cette accusation est très largement politique, visant à s’attaquer à un gouvernement hostile aux États-Unis ». Par ailleurs, ni le département d’État américain ni la DEA ne mentionnent l’existence d’un « Cartel des Soleils » dans leurs rapports officiels. 

L’enthousiasme manifesté par une partie des Vénézuéliens lors de l’arrivée de Donald Trump masque une réalité géopolitique bien plus brute, analysée par le chercheur Thomas Posado. Dans son éclairage pour l’IHEDN en janvier 2026, l’universitaire souligne un décalage flagrant entre le discours sécuritaire et les intentions réelles de la Maison-Blanche. Alors que Washington justifie son intervention par la lutte contre le narcotrafic, Posado relève une statistique révélatrice : lors de sa prise de parole post-opération, Donald Trump a mentionné le terme « pétrole » à sept reprises, sans jamais prononcer le mot « démocratie ». Thomas Posado y voit plutôt l’aboutissement d’une stratégie de reconquête énergétique visant à évincer l’influence de la Chine et de la Russie pour replacer les plus grandes réserves de brut au monde sous le contrôle exclusif de Washington.

Dès le 9 janvier 2026, soit seulement six jours après l’intervention, Donald Trump réunit à la Maison-Blanche les principaux dirigeants des compagnies pétrolières américaines afin de discuter de la « reconstruction » du secteur énergétique vénézuélien. Ce calendrier particulièrement rapide met en évidence la centralité de l’enjeu énergétique dans la stratégie américaine. Le Venezuela détient en effet les plus importantes réserves de pétrole prouvées au monde, estimées à près de 300 milliards de barils. Dans ce contexte, le contrôle de ces ressources apparaît comme un enjeu de sécurité nationale pour Washington, qui cherche à sécuriser ses approvisionnements tout en pesant sur les prix de l’énergie à l’échelle internationale.

De plus, cette dimension énergétique s’inscrit dans une logique géopolitique plus large. Depuis les années 2000, la Chine s’est imposée comme un partenaire économique majeur du Venezuela, à la fois en tant que principal créancier et investisseur dans le secteur pétrolier, avec plusieurs dizaines de milliards de dollars de prêts souvent remboursés en livraisons de brut . La Russie, de son côté, a également développé une présence significative dans l’industrie énergétique vénézuélienne. Ainsi, en écartant Nicolás Maduro, les États-Unis cherchent ainsi à réduire cette influence et à reprendre la main sur un espace stratégique qu’ils considèrent historiquement comme relevant de leur zone d’influence.

Dans cette perspective, l’argument de la lutte contre le narcotrafic apparaît davantage comme un instrument de légitimation que comme une motivation centrale. Comme le souligne le chercheur Thomas Posado, le Venezuela n’est pas un producteur majeur de drogues de synthèse, mais essentiellement un territoire de transit. Les accusations de narcotrafic serviraient donc de levier politique permettant de justifier une intervention dont les objectifs réels relèvent davantage d’une stratégie de puissance, articulant contrôle des ressources énergétiques et rivalité avec les grandes puissances concurrentes.

La finalité politique de l’intervention demeure donc incertaine. Si Donald Trump affirme vouloir apporter « paix, liberté et justice » au peuple vénézuélien, les premières mesures prises traduisent davantage une logique de contrôle que de transition démocratique. Washington a ainsi annoncé la mise sous gestion intérimaire des infrastructures stratégiques, notamment pétrolières, le temps d’organiser une transition « sécurisée ». Les développements récents confirment cette ambiguïté. Le maintien dans le jeu politique de figures issues de l’ancien régime, comme Delcy Rodríguez , ainsi que l’annonce d’une amnistie partielle pour certains responsables chavistes et prisonniers politiques, témoignent d’une volonté de stabilisation rapide plutôt que d’une rupture politique nette. Cette approche alimente les craintes d’une marginalisation de l’opposition et renforce les critiques d’une mise sous tutelle du pays, où la souveraineté politique pourrait être subordonnée aux intérêts stratégiques américains.

L’intervention militaire a brisé l’appareil d’État sans proposer de nouveau contrat social. Thomas Posado avertit que ce scénario pourrait mener à une fragmentation du pays. Pour les Vénézuéliens, le défi sera de transformer ce moment de rupture imposé par l’extérieur en une véritable opportunité de reconstruction nationale. Les promesses de Trump au peuple vénézuélien se heurtent donc à une contradiction fondamentale : on ne peut instaurer la démocratie par la seule force des armes tout en priorisant l’exploitation des ressources naturelles. La réussite de cette transition dépend de la capacité des acteurs locaux à reprendre la main sur leur destin, face à un « sauveur » dont les intérêts semblent se situer bien au-delà de la simple restauration du droit de vote à Caracas.

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