LA REVUE DEMOS

Quels ont été les effets de la fermeture d’USAID dans les domaines humanitaire et du développement international ?

USAID, ou l’Agence des États-Unis pour le développement international, est l’organisation chargée d’administrer l’aide étrangère au nom du gouvernement américain. Créée en 1961 par John F. Kennedy, elle constituait jusqu’en 2024 le plus grand portefeuille d’aide bilatérale au monde, avec un budget de 56 milliards de dollars d’aide ​, représentant 0,24 % du PIB américain.

USAID était considérée comme une pièce maîtresse du système d’aide humanitaire mondial, finançant plus de 13 000 programmes dans un très grand nombre de secteurs et dans plus de 130 pays, notamment l’éducation, la santé, l’économie, la promotion de la démocratie, l’action humanitaire et la gestion des catastrophes.


Selon une étude publiée le 19 juillet dans la revue scientifique The Lancet, l’agence américaine USAID aurait permis d’éviter environ 91 millions de décès entre 2001 et 2021. Parmi eux, près de 30 millions concernaient des enfants, principalement grâce aux programmes de lutte contre le VIH, le paludisme et les maladies tropicales négligées en Afrique subsaharienne, au Cambodge, en Afghanistan, en Bosnie, en Guyane et au Honduras.

Cependant, au retour de Donald Trump, USAID a été stoppée net. L’accusant de dépenses excessives, le président américain a progressivement démantelé l’institution avant de la fermer officiellement. L’objectif annoncé par Trump et son secrétaire d’État Marco Rubio s’inscrit dans la politique « America First » : mettre fin à ce qu’ils qualifient de « gaspillage économique » pour réorienter les financements vers ce qu’ils considèrent comme les intérêts nationaux américains. Dès le 20 janvier 2025, jour de son investiture, Trump a suspendu des milliers de programmes, et en mars 2025 plus de 80 % d’entre eux étaient déjà annulés, le reste étant placé sous la tutelle du département d’État. 

Sa suppression met désormais en péril l’aide au développement et l’aide humanitaire dans de nombreux secteurs. Parmi les programmes supprimés figuraient  notamment la fourniture de prothèses à des soldats blessés en Ukraine, le déminage dans plusieurs pays ou encore la lutte contre la propagation du virus Ebola en Afrique. Une étude alarmante du Lancet estime que d’ici 2030 ces coupes entraîneront la mort de plus de 14 millions de personnes et que « près d’un tiers des morts prématurées concerneront des enfants ». USAID jouant un rôle particulièrement important dans la lutte contre le VIH et le sida en Afrique du Sud, la directrice de la fondation Desmond Tutu HIV Linda-Gail Bekker, redoute jusqu’à 500 000 décès évitables et 500 000 nouvelles contaminations au VIH dans les 10 prochaines années. En extrapolant les effets des coupes, l’étude de The Lancet souligne que d’ici 2030, les conséquences en termes de mortalité seront comparables à celles d’une pandémie ou d’un conflit majeur.

Les pays les plus vulnérables subissent de plein fouet ces coupes budgétaires. La chute vertigineuse des financements révèle l’ampleur du bouleversement : Gaza et la Cisjordanie ont vu leur aide chuter de près d’un milliard de dollars à seulement 3,3 millions en 2025, au moment même où le conflit se poursuit. En Afghanistan, la suppression totale du soutien au Programme alimentaire mondial frappe un pays où un habitant sur deux dépend de l’aide extérieure pour survivre. Au Soudan, la guerre civile et les coupes américaines créent une situation dramatique : 80% des cuisines communautaires ferment leurs portes alors que la famine menace un Soudanais sur deux. Le Myanmar illustre l’incohérence de cette politique : après le séisme de mars 2025 qui a tué au moins 3 700 personnes dans la région de Mandalay, l’aide d’urgence américaine s’effondre de 227 millions à 2 millions de dollars, somme dérisoire et inopérante faute de personnel sur place.

Par effet de ricochet, la fin d’USAID engendre une véritable crise dans les domaines de l’humanitaire et du développement international. D’autres pays, comme le Royaume-Uni, la France et l’Allemagne, grands fournisseurs d’Aide Publique au Développement (APD) ont suivi ce mouvement de coupe budgétaire. Aussi, selon l’OCDE, l’APD devrait enregistrer une baisse comprise entre 9 % et 17 % en 2025, qui viendrait s’ajouter à la diminution de 9 % observée en 2024. En juin 2025, les Nations unies déclaraient devoir faire face aux « pires coupes budgétaires de l’histoire de l’humanitaire international » et estimaient qu’aujourd’hui, deux tiers des fonds promis pour atteindre les 17 Objectifs de Développement Durable d’ici 2030 sont manquants.
Au-delà des conséquences dans les pays bénéficiaires, la fin de l’USAID a aussi été très brutale pour les salariés, contractants et bénévoles. Plus de la moitié des 10 000 employés d’USAID ont été placés en congé administratif avant des vagues de licenciements en février. De nombreuses organisations dépendantes des financements américains ont dû fermer ou réduire drastiquement leurs effectifs. Ces coupes se traduisent par plus de 50 000 emplois supprimés au Bangladesh et par la menace qui pèse sur 40 000 travailleurs en Afrique, à cause de la fermeture d’unités de santé financées par USAID. Le Programme Alimentaire Mondial, l’OMS, l’UNICEF et de nombreuses ONG ont été contraints de licencier et de supprimer des projets en cours. Le secteur de l’aide mondiale est aujourd’hui contraint de se réinventer.

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